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[Bruxelles] Une rétrospective majeure de L’œuvre de Pol Bury au Bozar

[Bruxelles] Une rétrospective majeure de L’œuvre de Pol Bury au Bozar

28 mars 2017 | PAR Yaël Hirsch

« Je vais faire sourire Piet Mondrian ». Pour l’artiste belge autodidacte et surréaliste Pol Bury, pour son humour et ses œuvres en mouvement, rien n’était impossible. C’est ce que montre la rétrospective que lui consacre le Bozar de Bruxelles « Time in motion« , en parallèle à l‘exposition Yves Klein.
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Né dans la région de La Louvière, Pol Bury est un ouvrier communiste et un autodidacte travaillant à la démocratisation de l’art. A peine passé par l’académie des Beaux-Arts de Mons, il fréquente le poète anarchiste et surréaliste Achille Chavée, ainsi que René Magritte et crée la pensée « Bûl » avec Andre Balthazar et l’humoristique et néosurrealiste Académie de Montbliard. Avec humour Bury décrit les 9 façons dont les belges « inventent l’eau chaude » ou comment ils cuisinent le « chicon » (l’endive en belge). Ils invitent également Yves Klein à écrire dans le « Daily bûl », la revue de leur mouvement.

C’est la rencontre des mobiles d’Alexandre Calder,en 1950,  lors d’une exposition à la galerie Maeght à Paris qui le pousse à sortir de l’aventure de chevalet et à passer à l’abstraction et aux plans mobiles. Ceux-ci séduisent la galeriste Denise René qui l’expose en 1955 Boulevard Saint-Germain, aux côtés de ceux qui deviendront les artistes du mouvement cinétique: Vasarely, Soto, Tinguely et Spoerri. Bury met résolument ses mobiles en mouvement en travaillant des moteurs (qu’il connaît bien en tant qu’ouvrier) aux mouvements aléatoires.

La salle suivante de cette rétrospective chronologique met en lumière les « érectiles molles » et les « ponctuations » de l’artistes, aux mouvements toujours aléatoires, qui ont marqué Eugène Ionesco. Ces œuvres portent la trace de l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles, où les photos de l’opération spoutnik étaient accessibles au pavillon russe.  Une certaine idée du ciel détourne  donc certains artistes comme Pol Bury de la terre, de ses souffrances et de ses guerres pour aller voir du côté des étoiles. Jouant avec le temps aussi bien qu’avec l’espace on apprend en les observant que les œuvres cinétiques de Pol Bury se mettent toujours en mouvement, mais à leur rythme : on reste donc longuement devant, à observer et méditer. Pour ce lecteur de Bergson, le mouvement est plus qu’une matière: c’est un moyen de percevoir la durée. Et de nous la faire percevoir…

Installé en France au début des années 1960, Pol BUry est sélectionné pour représenter la Belgique à la biennale de Venise en 1964. Alechinsky lui présente la galerie Lefebre de New-York et Bury part  dès lors très rapidement à la conquête des États-Unis. Des sa première exposition, tout se vend et le MOMA acquiert même deux pièces. Une grande salle de l’exposition est dédiée à cette épopée du milieu des années 1960 et aux « meuble » toujours mobiles et dont on entend avec fascination les sons.

Alors qu’en 1968, Aimé Maeght convainc Bury de revenir en Europe, en France, l’exposition permet de découvrir 5 sculptures érectiles avec cordée de piano qui font de la musique, des œuvres proches du travail de John Cage. Gagnant mieux sa vie à la fondés années 1960, Bury s’attaque au métal avec ses « Reflexions » qui travaillent le miroir et les champs électromagnétiques.

Enfin, sous le titre « derrière le miroir », la rétrospective présente les œuvres monumentales commandées à un Paul Bury très reconnu et toujours aussi inventif et plein d’humour. On retrouve donc des versions des fontaines ou des meubles commandés par de grandes institutions comme l’Université d’Iowa ou le Musée Guggenheim. Enfin, le point d’orgue et le final  de l’exposition est, à sa sortie, une grande fontaine mobile et bruissante en acier inoxydable qui finit de nous convaincre qu’il faut absolument redécouvrir l’œuvre, la recherche et l’humour de Paul Bury. Une très grande exposition autour d’un artiste trop peu connu et qui gagne évidemment à être vue en parallèle de l’exposition que propose le Bozar sur Yves Klein.

Visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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