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Bruno Ythier, conservateur de la Cité Internationale de la Tapisserie nous parle de l’exposition Le Mur et l’Espace

Bruno Ythier, conservateur de la Cité Internationale de la Tapisserie nous parle de l’exposition Le Mur et l’Espace

01 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 6 octobre, la Cité internationale de la Tapisserie Aubusson présente Le Mur et l’Espace en association avec la Fondation Toms Pauli de Lausanne. Bruno Ythier, conservateur de la Cité Internationale de la Tapisserie nous parle de cette exposition consacrée aux débuts des Biennales de Lausanne dans les années 1960

Mais que s’est-il passé dans les années 60 ? En quoi est-ce un pivot majeur ?

L’exposition rend compte des métamorphoses rapides qui eurent lieu en l’espace de sept ans, de 1962 à 1969, dans le paysage de la tapisserie au niveau mondial. Les concepts, règles, usages et techniques en vigueur depuis la deuxième Guerre mondiale furent radicalement remis en cause par les premières Biennales de la tapisserie de Lausanne. Conçues par Pierre Pauli, son épouse Alice et Jean Lurçat, alors à l’apogée de sa renommée, ces manifestations internationales avaient pour but de présenter l’actualité de la tapisserie murale.
Mais la rupture va être multiple : le dogme fondateur du duo artiste / artisan vole en éclat. Beaucoup des œuvres exposées, polonaises mais aussi canadiennes, par exemple, ont été imaginées et tissées par une seule et même personne : l’artiste devient lui-même lissier.
Et puis le monopole masculin des artistes français exposant à Lausanne est bousculé par la forte représentation féminine des autres pays ; phénomène qui va très rapidement s’amplifier d’édition en édition.
Très rapidement ces biennales devinrent l’épicentre d’un séisme apparemment destructeur de la tapisserie dite « traditionnelle » et le creuset d’une nouvelle approche plus libre et s’ouvrant vers le tridimensionnel.

Quels sont les relations entre la Cité de la tapisserie et la fondation Toms Pauli de Lausanne. Avez vous l’habitude de travailler ensemble ?

Je suis membre du Conseil de Fondation de la Fondation Toms Pauli, et ma collègue Giselle Eberhard Cotton, la directrice de la Fondation, est membre du conseil scientifique de la Cité de la tapisserie. Et ce depuis plusieurs années. Il y a donc régulièrement des échanges scientifiques, des invitations réciproques pour des conférences ou des évènements, plusieurs membres de la Fondation se sont déjà rendus à plusieurs reprises à Aubusson. L’organisation d’une exposition commune était la suite logique de ces relations.

Le mur et l’espace, quel beau titre qui sonne comme une définition du territoire ! Pourquoi ce titre et comment est-il venu ?

Ce titre permet à la fois noter l’importance de la tapisserie traditionnelle, murale, mais également les créations qui s’affranchissent du mur et investissent l’espace sous l’impulsion de créatrices textiles, et la cohabitation apaisée qui finit par s’installer entre ces différents courants au fil des éditions des Biennales de Lausanne.

Est-ce que l’exposition sera l’occasion de prêt d’œuvres ? Qu’est ce qui sera donné à voir ?

Fruit d’un travail de recherche à l’international, principalement mené par la Fondation Toms Pauli, environ 35 tapisseries sont réunies, les exemplaires mêmes qui avaient été accrochés aux cimaises lausannoises à l’époque.
Le choix des œuvres illustre la production murale française classique à travers Lurçat et ses amis peintres-cartonniers (Prassinos, Tourlière), ainsi que certains grands peintres tissés par les manufactures nationales ou les ateliers d’Aubusson (Picasso, Delaunay, Estève). D’autres tapisseries de lisse montrent la diversité de la production européenne et américaine (Somville, Rousseau-Vermette, Yoors, Adams, Scholten).
En regard, figurent les artistes polonais qui ont marqué les esprits (Abakanowicz, Owidzka, Sadley) ainsi que les premières créations tridimensionnelles, comme l’Abakan rouge de Magdalena Abakanowicz, ou encore des œuvres d’Elsie Giauque, Arthur Jobin, Charlotte Lindgren.
La Cité internationale de la tapisserie ainsi que la Fondation Toms Pauli présentent plusieurs pièces de leurs collections. La Tate Modern (Londres) a consenti au prêt exceptionnel de l’Abakan rouge de 1969 de Magdalena Abakanowicz. Le Mobilier national à Paris et le Musée central des textiles à Lodz en Pologne ont également été sollicités. Parmi les prêteurs, peuvent également être cités la Yoors Foundation à New York, l’UNESCO Paris pour une pièce monumentale de Le Corbusier, le Musée national des beaux-arts du Québec, le Denver Art Museum ou encore le Textile Museum de Tillbug.

 

Visuel : Magdalena Abakanowicz, Abakan rouge1969, 4 x 4 x 4 m. Collection Tate, Londres : presented anonymously 2009. © Foundation Magdalena Marta Abakanowicz Kosmowska and Jan Kosmowski. Photo : Stamm & Saxod, Lausanne.

 

Informations pratiques

Jusqu’au 6 octobre à la Cité internationale de la tapisserie, BP 89 – Rue des Arts
23200 AUBUSSON.  Fermé le mardi.

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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