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Anne-Sophie Berard : « Le travail de curation, je le vois comme l’écriture d’une histoire »

Anne-Sophie Berard : « Le travail de curation, je le vois comme l’écriture d’une histoire »

29 novembre 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Jusqu’au 29 janvier, Le Maif Social Club expose nos rapports à l’alimentations dans Matières à mijoter. Rencontre avec Anne-Sophie Berard, commissaire de cette exposition.

 

La scénographie est une véritable cuisine pensée avec Julie Rothhahn. Est-ce que cela a été une évidence de s’amuser avec les outils de la cuisine?

Oui, cette idée de « placer le spectateur dans cet état de mijotement » est très vite apparue… Le Maif Social Club est vraiment un lieu avec une forte fréquentation du jeune public, c’est pourquoi il est essentiel que la scénographie participe à l’immersion et l’émotion de la proposition. C’est dans l’ADN du lieu ! Et puis, le thème de la cuisine est génial parce que c’est un vecteur de sens à la fois intime et universel.

Dans Matières à Mijoter vous nourrissez surtout nos cerveaux avec un panel d’artistes impressionnant. Comment avez vous rassemblé ce corpus ?

Sur un thème comme l’alimentation, il semblait indispensable de représenter le plus possible la diversité des approches à travers le monde. C’est pourquoi il y a des artistes européens mais aussi asiatiques, africains, indiens… Et globalement, je dirais qu’il y avait une forte volonté de « mélanger » : des disciplines, des âges , des niveaux de carrière, des façons de penser… bref, de la diversité sous toutes les coutures. Pour cela, il n’y a pas mille façons de procéder : il faut partir à la rencontre, prendre le temps de découvrir et sortir des sentiers battus pour être soi-même surpris…

J’ai été particulièrement touchée par les natures mortes de Azuma Makoto. La volonté de Matières à Mijoter est-elle de faire entendre la beauté du périssable ? La nourriture, paradoxalement à son abondance occidentale, est en réalité une denrée rare finalement ?

La volonté de cette exposition est en effet de rendre visibles et sensibles les paradoxes que soulèvent un tel sujet. Par exemple, on ne peut pas aborder la question de l’autonomie alimentaire de la même façon si l’on se trouve en situation d’opulence ou de manque. De même, nous sommes toutes et tous, individuellement, tiraillés entre des tentations et des convictions, entre des besoins et des désirs… Je trouve que l’art est un excellent moyen de parler de nos complexités et de nos doutes, plutôt que de nos certitudes.

D’ailleurs l’exposition interroge tout le temps la brutale dichotomie entre le rien et le tout. Parlez moi de la façon dont vous montrez l’inégalité face au fait de se nourrir ?

Il y a un pan de l’exposition qui parle très bien de ce que vous évoquez ici, c’est le mur du fond avec trois oeuvres côte à côte : Commensalisme de Vincent Olinet (un énorme mur recouvert de tartines multicolores), Stove de Subodh Gupta (un fourneau surmonté d’une montagne de casseroles usées et vides) et Souvenir d ‘Enf(r)ance de Martine Camillieri (un campement fait avec les moyens du bord). Entre ces trois œuvres, se jouent vraiment les écarts de propos que peuvent porter la surconsommation, la souffrance alimentaire et la consommation responsable. C’est aussi une belle illustration de la diversité artistique évoquée lors de la question précédente…

Et puis, il y a aussi ceux qui choisissent d’avoir une vision écologique de leur consommation , comme Martine Camillieri.et son incroyable camion.

Oui, écologique et responsable. Cette artiste a une merveilleuse façon de faire de l’art avec sa vie, et vice-versa, simplement en partant sur les routes avec le moins de choses possibles. Mais bien entendu, cette magie du peu n’est possible qu’à partir du moment où nous avons toutes et tous des assiettes bien remplies, bien partagées et bien censées.

Avez-vous envie de me parler d’une œuvre qui vous touche en particulier ?

Le travail de curation, je le vois comme l’écriture d’une histoire, c’est-à-dire qu’il faut parvenir à réunir des œuvres qui soient à la fois cohérentes entre elles et éclectiques dans leurs apports pour le visiteur. Du coup, j’avoue que c’est difficile pour moi de parler d’une œuvre plutôt qu’une autre ; c’est vraiment le récit global qui m’intéresse. Pour cette exposition, je trouve que l’immersion « sensitive » est particulièrement intéressante, notamment grâce à la scénographie bien sûr, mais aussi grâce aux œuvres sonores et olfactives qui sont présentées. Je dirais, pour conclure, que tout cela met bien l’eau à la bouche !

Matières à mijoter, jusqu’au 29 janvier, au Maif Social Club, 37 rue de Turennes, 75003, Paris. Entrée libre.

 

Visuel : (c) Edouard Richard / MAIF .

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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