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Un Week-end à l’Est : Cette année Sofia est à l’honneur.

Un Week-end à l’Est : Cette année Sofia est à l’honneur.

29 novembre 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

Après Varsovie, Kiev et Belgrade, le Festival « Un Week-end à l’Est » nous conduit à Sofia. Il se déroule à Paris du 24 au 29 novembre 2021. Concerts, expositions, projections, conférences : une trentaine d’événements sont organisés dans divers lieux du 6ème arrondissement. Le 26 octobre à 18h, le théâtre de l’Odéon accueille Théodore Ushev, cinéaste d’animation et Guéorgui Gospodinov, écrivain pour une conférence débat depuis « l’endroit le plus triste du monde » ou comment expliquer la mélancolie bulgare.

Sofia : une ville européenne, russophile et un peu orientale.

Sofia : la ville porte le nom de la Basilique Sainte Sophie construite au sixième siècle. Sofia est la capitale de la Bulgarie, un état qui n’a accédé à l’indépendance qu’en 1879 après cinq siècles de domination ottomane. C’est une ville carrefour, marquée par son passé ottoman, par l’orthodoxie et par le communisme. Dominée par le mont Vitocha, illuminée par la cathédrale Alexandre Nevski, la ville est émouvante avec ses vieilles églises basses, presqu’enfouies, cernées par les immeubles soviétiques. Elles devaient rester modestes pour ne pas porter ombrage aux minarets !

La mélancolie bulgare

Guéorgui Gospodinov (53 ans) vit à Sofia : il a écrit son roman « Physique de la mélancolie » après la publication d’un article de « The Economist » parlant de la Bulgarie comme de « l’endroit le plus triste du monde ». Son ami et quasi jumeau Théodore Ushev cinéaste d’animation vit à Montréal. Il a réalisé en 2019 un court métrage, « Physique de la tristesse », inspiré du roman G. Gospodinov. Ce soir tous deux débattent de la mélancolie bulgare, de sa spécificité, et comment l’expliquer aux occidentaux. Pour Guéorgui Gospodinov, elle résulte « de ce qui ne s’est pas passé et de ce qu’on a pas raconté ». Pour l’écrivain, nous sommes aussi définis par ce qui n’est pas advenu. Il faut parler des événements personnels qui n’ont pas pu avoir lieu pendant la période communiste du fait de l’enfermement. La couverture de son dernier livre « Le pays du passé » est une porte qui s’en-trouve… L’accès au monde ne passait que par la littérature et donc par l’imagination. Après la chute du mur la confrontation au réel pouvait être décevante. Théodore Ushev parle des difficultés d’identification à l’étranger pour un artiste bulgare. Le pays est méconnu du public ou suscite des stéréotypes. Cette identité fragilisée pourrait aussi être une source de mélancolie. Mais en bulgare le mot Mélancolie est très proche de celui d’Arc en ciel. La tristesse peut se mélanger subtilement à la joie, à l’espoir. Et comme remèdes à la mélancolie, les deux artistes proposent l’ironie, la dérision.
Les deux débatteurs parlent ensuite de la mémoire « comme mode de guérison du mal ». Le passé doit être raconté pour devenir une mémoire, cette mémoire ne doit pas être instrumentalisée mais au contraire sacralisée.
Le débat a également porté sur le rôle de l’art et de la littérature. Pour Théodore Ushev, l’art doit être porteur d’une certaine radicalité, il peut être comparé à un marteau qui doit faire sortir le public de sa zone de confort. Gueorgui Gospodinov a une conception plus apaisée de la littérature. Pour lui raconter des histoires doit consoler le lecteur, lui ouvrir d’autres horizons, redonner un sens à la vie au delà du quotidien.

Un festival bienvenu pour une culture et des artistes souvent méconnus

Le débat fut passionnant. Ce fut comme une porte entrouverte sur l’âme bulgare. Pour Théodore Ushev qui préside le festival, un Week-end à l’est est « la plus grande manifestation de la culture bulgare contemporaine jamais faite à Paris ». La culture bulgare est riche mais méconnue. Les artistes bulgares quoique souvent exilés, restent discrets, modestes. L’image de l’escargot rentrant dans sa coquille a été utilisée pendant le débat. Ce festival est donc très important pour ce pays méconnu mais qui peut beaucoup apporter à l’Europe par ses liens avec l’Orient et avec la Russie. Un pays qui pourrait être un trait d’union. Et que les parisiens vont pouvoir découvrir.

Visuel : Affiche

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