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André Kertész l’équilibriste au Château de Tours

André Kertész l’équilibriste au Château de Tours

21 juillet 2019 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 27 octobre le Jeu de Paume hors les murs, sous le commissariat de Matthieu Rivallin et Pia Viewing propose au Château de Tours une rétrospective du photographe hongrois André Kertész, à partir du fonds qu’il a légué en 1984 à la France sous le joli titre “l’équilibriste” .

Au rez-de-chaussée, les premiers clichés mettent en scène la vie hongroise des années 1910 avec la famille, les voisins, les souvenirs, les seins nus de Abony, des musiciens ambulants, des tziganes, Budapest dans la nuit et le frère. Des accidents s’accumulent ensuite, dans les champs hongrois ou en Roumanie. Datant de 1915, Marche forcée vers le front évoque la catastrophe de la Première guerre.

L’entre-deux-guerres marque l’arrivée à Paris, avec ses monuments vus de profil (derrière Notre Dame, chaises de parcs… ), des vues nocturnes, l’atelier de Mondrian, des compositions d’objets et des portraits de Colette ou Eisenstein. La quatrième salle part de son fameux Nageur sous l’eau (1918) pour nous parler de jeux de lumière et distorsions de Kertesz. Dans une tourelle, un film de Teri Wehn Damisch,  avec des interviews du photographe de retour en Hongrie, nous permet de mieux contextualiser les œuvres de Kertész.

A l’étage, l’on arrive à 1936 et l’exil pour New York où il passe le reste de sa vie. Les jeux d’ombres se multiplient dans les années 1950,  dans le travail personnel qu’il réalise hors des commandes de Life ou House & Gardens : les danseuses, les géométries de la rue, les foules… Le photographe joue avec ce qu’il sait faire jusqu’à une grande rétrospective à Long Island en 1963. Une reconnaissance qui devient mondiale et l’encourage à voyager (Japon, Martinique) et à se renouveler avec des clichés mystérieux (Le banc cassé, Washington Square, Thomas Jefferson). La salle suivante nous fait passer aux années 1980, au Polaroïd sx-70 et au thème coloré de l’inconscient avec “À ma fenêtre” et toujours des ombres et un côté hitchcockien assumé.

L’exposition permet de découvrir plus d’une centaine de clichés de Kertész et néanmoins ne parvient pas à colmater certaines ellipses qui nous laissent avec un goût d’inachevé. On goûte à son œuvre avec volupté mais on a du mal à vraiment tout visualiser, y compris les jeux d’équilibre de cet apatride ancré dans son art.

Visuel : Nageur sous l’eau, Esztergom, Hongrie, 1917 © ministère de la Culture / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine / Donation André Kertész

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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