Danse

« Queen Blood », Ousmane Sy fait danser les filles au Off d’Avignon

« Queen Blood », Ousmane Sy fait danser les filles au Off d’Avignon

21 juillet 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le collectif FAIR-E est surveillé de près depuis qu’il a obtenu la direction de l’iconique CCN de Rennes longtemps dirigé par Boris Charmatz. Nous les retrouvons dans le OFF, à la Manufacture, avec notamment l’énergique Queen Blood.

Nadia Gabrieli-Kalati, Nadiah Idris, Odile Lacides, Cynthia Lacordelle, Audrey Minko, Linda Hayford et Anaïs Imbert Cléry sont prêtes à jouer. Les battles se font au son d’une house par essence vidée du féminin : danser sur de l’électro est totalement androgyne. Ousmane Sy prend le contre-pied en permettant aux filles de déployer leur danse la plus naturelle dans leur diversité de tout : taille, morphologie et couleur de peau.

S’en suit une bonne heure punchy à la lumière bien écrite de Xavier Lescat. Elles dansent dans les codes hip-hop les plus classiques  qu’elles maîtrisent toutes à la perfection. L’alternance se fait fluide entre les solos et les scènes de groupe où le corps commun prime. La bande-son est totalement canon, on y croise Nina Simone ou Famba Nawera.

Ce qui est intéressant ici c’est la façon dont la grammaire et l’esthétique street du hip-hop viennent se caler sur les beats de la house. Les filles ont l’occasion de chacune déployer des états de corps vraiment pertinents où les tremblements sont maîtrisés comme les déplacements qui glissent rapidement. Le buste est forcément assez tenu, presque comme des boxeuses. Il y a du combat bien sûr ici, mais avec une bienveillance palpable.

La pièce ne prétend pas remettre en jeu toute la syntaxe urbaine, mais juste de s’éclater avec une bonne dose de talent. C’est l’occasion également de voir Linda Hayford à l’oeuvre. Elle est l’une des membres du collectif et sa danse est très particulière. Regard serré, elle dévisse plus vite et déploie une urgence de danser viscérale. Elle est particulièrement à surveiller.

Néanmoins, malgré la générosité de la proposition, on peut regretter une dramaturgie un peu trop légère. Ousmane Sy est sur un très bon terrain de recherche, à explorer encore plus. Car oui, il ne fait que survoler les origines africaines du rythme house pour traduire ce lien en danse. 

Reste un excellent moment pour cette pièce tout public à partir de 8 ans, dont on sort rempli d’énergie.

Jusqu’au 24 juillet, à la Manufacture (Patinoire).  A 13H40-Durée 1H30 trajet compris. Réservations ici

Queen Blood

Chorégraphe : Ousmane Sy
Interprète(s) : Nadia Gabrieli-Kalati, Nadiah Idris, Odile Lacides, Cynthia Lacordelle, Audrey Minko, Linda Hayford, Anaïs Imbert Cléry
Rég. lumières : Florient Staub
Création lumière : Xavier Lescat
Composition sonore : Adrien Kanter
Costumière : Hasnaa Smini
Crédit photo : Timothée Lejolivet

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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