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Alors « On danse ? », le Mucem répond oui !

Alors « On danse ? », le Mucem répond oui !

22 janvier 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Demain, mercredi 23 janvier, ouvre au MUCEM, à Marseille, une exposition très particulière où les œuvres sont en mouvement. Une seule question : On danse ? qui en cache deux grandes : qu’est-ce que danser veut dire et pour qui danse-t-on ?

La réponse nous est offerte par les deux commissaires de cette belle exposition pensée comme une expérience. Émilie Girard et Amélie Couillaud ont souhaité créer, nous disent-elles : « une exposition sur l’acte de danser plutôt que sur la danse ». Leur pensée portée par la scénographie enveloppante de Cécile Degos devient une performance.

On entre dans l’espace devenu une black box qui tout de même, nous glisse Amélie Couillaud, « laisse le soleil faire le tour du bâtiment ». Tout est tapissé de moquette noire et le sol est comme un parcours fait de circonvolutions, d’alcôves, de transats…. C’est une invitation à d’abord prendre conscience qu’un point de vue est déjà un acte. Alors,comme des danseurs au plateau il faut se placer. Une fois son nid fait, on peut se laisser happer par la folle proposition :

59 films,7 pièces sonores, des textes à lire. Le tout pèse six heures.

Partout, autour et devant vous se trouvent des écrans de toutes tailles et de toutes textures. Et sur chaque écran est diffusée la même vidéo. Il y a cette idée qu’ « au musée, on regarde une œuvre à la fois ». Là, l’acte est collectif puisque sans cohue, tous regardent la même chose mais dans des postures et des états différents. Nous sommes, quand le temps commence à s’installer, pris dans une contemplation fascinante.

Il n’y a aucun autre fil conducteur que le mouvement dans ce qui est montré. Un geste technique de William Forsythe (« Lecture from Improvisation Technologie »), une réflexion sur le temps qui passe de Julien Gallée-Ferré ( « Entre-temps »), un manifeste féministe sous la forme d’un panda qui pratique le pole dance ( « Je suis une bombe » d’Élodie Pong)…. Et autour des vidéos des rares gestes figés se répondent : une sculpture de Tomoaki Suzuki nous impose de nous mettre à genoux, Un plumeau pensé par Forsythe pour cette exposition « Towards the Diagnostic Gaze » fait face aux accessoires de Mistinguett. Et quelque part, sur le point le plus haut de l’exposition, on lit Guibert, encore, toujours : « La danse plus que les larmes, est le léger sifflet d’une soupape de l’âme ».

Tout ici vient prouver ce que la danse post-moderne défend depuis le siècle dernier : un geste quotidien peut être de la danse. La « Shirtologie » de Jérôme Bel où Frédéric Seguette bouge selon les inscriptions de son tee-shirt dépasse le rire et pose la question : qu’est-ce qui nous fait bouger ? L’air de « Flash Dance » ou une gamine avec un hula hoop ? Chacun sa danse.

Tout le monde danse affirmait Jérôme Bel avec son Gala. Et On danse ? Appuie sur cette idée vraie que danser ne rime pas toujours avec geste joli enserré dans un collant.

Une exposition dont on sort sonnés, un peu groggy. Elle se prolonge tous les week-ends avec une salle de chauffe pensée par Boris Charmatz, invité de cette saison au Mucem, où un danseur vous fera bouger avant ou après votre visite.

Sérieusement, vous oserez dire non à la question posée ? Alors… on danse ?

Informations pratiques
Du 23 janvier au 20 mai au Mucem-Marseille
Site web. Mucem.org

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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