Arts

Exposition Anonymes, l’Amérique sans nom : Photographie et Cinéma, Le Bal

26 novembre 2010 | PAR Tiphaine Fatou

Anonymes est une exposition qui tient une place centrale au sein du Mois de la Photo à Paris. Elle nous emmène dans une Amérique loin du cliché de l’American way of life en mettant le doigt sur le changement de cette société désillusionnée à travers les époques.

C’est dans une petite rue non loin de la place de Clichy que se trouve le tout nouveau centre d’exposition Le Bal. Il tire son nom du siècle dernier où il était salle de bal, juxtaposé à un bar-tabac. Tout a été mis au goût du jour, on ne reconnaît plus l’endroit d’origine mais on est dans un white cube très contemporain.La déambulation à l’intérieur de celui-ci reste agréable.

Concernant les images, on y voit ni trop, ni trop peu, il y a une juste mesure de la quantité dans cette exposition qui laisse le temps à la rétine de s’imprimer des images. Anonymes réunie des photographes connus et d’autres émergents. Les années 1970, 1980 et 2000 défilent devant nous, spectateurs, qui découvrons ou redécouvrons les clichés monumentaux de Jeff Wall ou ceux plus réservés de Lewis Baltz. La scénographie et les tirages sont d’une grande qualité. Un peu timides au début, les images regorgent de vitalité et frappent au sous-sol du Bal. Mention spéciale pour Arianna Arcara et Luca Santese avec leur œuvre Detroit : a Self-portrait (found photos 2009-2010) qui réunit des centaines de photographies vernaculaires des années 80 et 90 dont la plupart ont été prises par la police. Les artistes tentent de montrer ces images en tant qu’indice. Elles ont été abandonnées ou brûlées. Les flammes qui les dévorent rendent l’objet photographie étrange voire monstrueux tout comme les visages qui restent coincés dans leur délit. Lunch Break est quant à elle une vidéo de Sharon Lockhart où pendant 80 minutes, nous sommes invités à contempler l’image. Sharon Lockhart a réalisé un long travelling qu’elle déploie au ralenti.

La photographie et le cinéma se confondent afin d’accoucher d’une œuvre à part des autres, une œuvre qui questionne justement sa propre conception et qui montre la pause déjeuner dans une usine. On est perturbés mais profondément absorbés, on regarde les moindres détails et on est surpris quand des mouvements ont lieu. Anonymes se conclue par les photographies de Doug Richard qui a capturé des vues provenant de Google Street View sur son écran d’ordinateur, par l’intermédiaire de l’appareil photo. Il fixe ainsi des corps sans identité, sans visage. Il interroge l’image et cette cataloguisation de l’homme et du monde en faisant référence également à la photographie couleur des années 1970.

Au final, Anonymes laisse place à des images qui interrogent l’identité, la violence, l’industrialisation, la crise des subprimes ou la culture nord-américaine qui prône l’individualisme. Avec une critique sociale éloquente, les artistes présentés ici jouent de leur médium afin de réinventer une certaine forme documentaire.

Jusqu’au 19 décembre 6 impasse de la Défense, 18e, +33 1 44 70 75 56,mercredi/vendredi 12H-20H, samedi 11H-20H, dimanche 11H-19H, nocturne le jeudi jusqu’à 22H. Fermé lundi, mardi et jours fériés. Lieu accessible aux personnes à mobilité réduite, 4 € tarif plein, 3 € tarif réduit.

© Anthony Hernandez, Vermont ave.& Wishire blvd, 1979

Et puis j’m’en fous, vas-y, prends-la ma bagnole, Théâtre du Rond-Point
Hamlet par David Bobee : Noir c’est noir
Tiphaine Fatou

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *