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Un coup de théâtre bien rodé pour la ville de Nice

Un coup de théâtre bien rodé pour la ville de Nice

21 novembre 2022 | PAR Camille Curnier

Le rideau se lève pour le Théâtre National de Nice ainsi que l’Acropolis. Malgré les vives oppositions suscitées suite aux annonces des projets d’urbanisation de la ville, la destruction des deux géants de la coulée verte sera programmée début 2023. Quel avenir peut-on alors voir pour la place de la culture à Nice ?

Un dossier malaisant pour la politique culturelle de Nice

21 novembre 2022 : le Théâtre National de Nice est gardé par un mur de barrières et d’échafaudages grisâtres laissant apercevoir le squelette du bâtiment et les premiers gravats sur le sol. Signé en ce début d’année, le permis de démolition du TNN rentre dans le cadre du grand projet d’extension de la promenade du Paillon présenté lors de la campagne municipale de Christian Estrosi. Un projet qui dévoilait un aménagement paysager d’envergure de plus d’un kilomètre et qui devrait être composé d’une véritable « forêt urbaine ».

À l’heure où la ville de Nice se porte candidate au titre de capitale européenne de la culture pour 2028, Estrosi indique que ce projet doit être vu comme un processus de reconquête et de « redécouverte des racines architecturales urbaines et paysagères qui font que Nice est digne de rentrer au patrimoine de l’Unesco ». Nice est une métropole dynamique et représente une des villes les plus attractives de France. Le projet d’Estrosi est présenté à partir de ce même constat. Il vise à rendre Nice plus attractive et durable notamment d’un point de vue économique.

Le relais sera pris par le palais des arts et de la culture qui verra le jour en 2025 avec un auditorium de plus de 1000 places. En attendant, une petite dizaine de lieux recevront le public sur les spectacles initialement prévus au Théâtre National de Nice. Parmi eux, on retrouve notamment la salle des Franciscains et La Cuisine. L’occasion de se réinventer pour certain·e·s et la destruction d’une stratégie et politique pour d’autres. Les avis divergent autour de ce projet, mais il arrive tout de même à concentrer de vives oppositions depuis son annonce en 2020.

Les structures culturelles importantes comme le TNN remplissent une mission d’intérêt général considérable en facilitant l’accessibilité à tous et toutes à la culture. L’éclatement du Théâtre en divers sites ne facilite pas l’accès à cette culture et vient au contraire la rendre moins abordable et plus opaque. Pour la ministre de la Culture « le bâtiment ne répond plus aux attentes du public » et il est préférable de rechercher une pérennité et non pas la facilité en gardant ces structures. Pour Patrick Allemand, président de la pétition « Nice au cœur » lancée en 2021 contre le projet, « le TNN tel qu’il est conçu aujourd’hui répond parfaitement à la demande des Niçois ». Construits en 1989, le Théâtre National de Nice et l’Acropolis ne sont pas obsolètes pour autant.

Le projet « écoresponsable » d’une droite à contre-courant

La destruction du TNN est également justifiée par des arguments écologiques en vantant un gain de carbone de 1740 tonnes de CO2 annuel possible grâce à la plantation de plus de 1500 arbres qui capteraient jusqu’à 50 tonnes de CO2 par an. Avec la destruction, 13000 tonnes de déchets seront également revalorisées. Selon les objectifs fixés par la mairie, 90 % des matériaux seront réemployés dans les bâtiments publics. Pour Estrosi, ce nouvel espace permet de remplacer ce qu’il considère comme « deux usines à béton » en lieu d’oxygénation.

On peut alors se demander si la destruction totale de ces deux bâtiments à l’heure où la configuration des lieux culturels suit la tendance des tiers-lieux. Par nature, les tiers-lieux incarnent une volonté de dynamismes nouveaux à travers la réhabilitation de lieux et la cohabitation d’espaces où le travail se mélange à d’autres  aspects de la vie. Un projet de réhabilitation et de rénovation avait été proposé par le groupe Nice écologique permettant au Théâtre National de Nice et à l’Acropolis d’être remis au centre de la Coulée Verte sans pour autant tout avoir à reconstruire. Le projet proposait notamment une végétalisation des lieux, une requalification de l’Acropolis et la mise en place d’une ferme solaire. Pour Fabrice Decoupigny, maître de conférences à l’Université de Nice, la reconstruction n’est pas moins chère qu’une réhabilitation, hormis dans le cadre d’un bâtiment historique comme la Cathédrale de Notre-Dame. Les destructions et les reconstructions engagées auraient un coût total de 45000 tonnes de CO2. Il faudrait 200 ans pour que la « simili forêt urbaine » ait un bilan carbone positif selon lui.

Martine Bayard, fille de l’architecte du TNN, a récemment déposé un recours pour violation au droit moral à l’égard de l’œuvre de son père, mais celui-ci a été refusé par le tribunal judiciaire de Marseille, jugeant la destruction du bâtiment proportionnée au regard du droit moral de l’architecte et ne répondant pas « à un motif légitime d’intérêt général ». Le maire de Nice félicite cette décision du tribunal, qui a ses yeux, donne une fois de plus « raison à la ville de Nice face à ceux qui veulent tout faire pour [l]’empêcher de créer cette forêt urbaine en centre-ville ».

 

Visuel : © Fred Romero

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Camille Curnier

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