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Robert Capa: le pèlerinage d’un correspondant de guerre engagé

Robert Capa: le pèlerinage d’un correspondant de guerre engagé

06 juin 2014 | PAR Carlos Dominguez-Lloret

Pour commémorer les 70 ans du débarquement de Normandie nous rendons hommage à tous ceux qui se sont battu pour la libération, mais aussi aux journalistes qui ont été au coeur de la bataille pour documenter le sacrifice des soldats Alliés et l’horreur de l’occupation. Robert Capa a été un de ces journalistes engagés qui s’est trouvé à côté des troupes alliés jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Endre Ernö Friedmann est né le 22 octobre 1913 à Budapest et est mort à l’âge de 40 ans à Thai Binh, pendant la guerre d’Indochine. Friedmann fut un photojournaliste qui a couvert la plupart des conflits qui se sont livrés au cours du XXème siècle. Tout au long de sa vie il  a voyagé autour du monde avec le propos de documenter l’actualité et les conflits belliqueux qui ont marqué son époque. Son appareil photographique a immortalisé des artistes, écrivains, hommes politiques, mais il a aussi fixé l’horreur de la guerre dans tous ses états.

Endre Friedmann fut  toujours un déplacé. Très jeune il doit s’exiler de sa contrée natale pour des raisons politiques, suite à sa participation aux manifestations des étudiants de gauche. À 17 ans le régime de l’amiral Horty l’ oblige à quitter la Hongrie. À cette époque il ne soupçonnait pas que sa vie serait marquée par l’exile permanent.

L’exil à Berlin

En 1931 arrivé à Berlin et grâce à l’influence de l’écrivain Lajos Kassak, il a décidé de faire carrière dans le journalisme. Pour survivre à Berlin il a travaillé comme apprenti développeur dans une agence photographique. Au même temps Friedmann a suivi des cours en sciences politiques. À Berlin, il a fait aussi la connaissance du fondateur de l’agence photographique Dephot et c’est lui qui lui donne l’opportunité de couvrir son premier sujet, Léon Trotski. L’homme politique russe, exilé et persécuté par les hommes de Staline, a été immortalisé par le photographe à Copenhague en 1932.

L’exil à Paris

En 1933 suite à la montée d’Hitler au pouvoir, Friedmann, juif,  a fui l’Allemagne et après un bref séjour à Vienne quitta l’Autriche à cause de la politique dictatoriale du chancelier Engelbert Dollfuss. Endre Friedmann rejoignit Paris en 1934. Aux alentours de Montparnasse, il a rencontré d’autres photographes exilés, notamment Henri Cartier-Bresson, David Seymour et Kertész.

Un des premiers travaux de Friedmann en France a été la documentation de la vie des hôtels tout au long de la Riviera française. Au cours d’une semaine il a déjà dépensé tout son argent, mais il insista pour faire expérience d’une vie de luxe afin de pouvoir la photographier. Dans ce même voyage il se fait voler son appareil photographique lorsqu’il se baignait dans la mer.

De retour à Paris ses photos se vendaient très mal et il manquait  de la discipline nécessaire pour faire de sa passion un métier. La rencontre qu’il a fait avec Gerda Taro, sa future compagne, au café la Capoulade, a joué de manière déterminante sur sa carrière et sur son identité. Grâce à Taro, étudiante antifasciste et aussi réfugiée à Paris, Friedmann a commencé à fréquenter l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires, alors dirigée par Louis Aragon. En 1935 les deux ont décidé de s’installer dans un petit appartement près de la Tour Eiffel et elle lui a conseillé de changer son apparence pour devenir plus stylé. C’est ainsi que les deux ont  inventé la figure presque mythique de Robert Capa. Ce personnage fictif, incarné par Friedmann, était entouré d’un aura de succès et il parcourait le monde pour documenter l’actualité avec son appareil photographique. Sous cette nouvelle identité, les photos de Friedmann se vendaient beaucoup mieux et c’est ainsi que le jeune photographe hongrois a finalement décidé de devenir Robert Capa.

La Guerre civile espagnole et son exil à New York

capa_vuÀ l’époque il a commencé à s’engager comme correspondant de guerre. En 1936 il est parti avec Taro couvrir la Guerre civile espagnole pour les magazines Vu et Regard. Avec la photo intitulée Mort d’un soldat républicain il a imprimé dans la mémoire collective un symbole de la Guerre civile espagnole. Capa  est rentré seul  à Paris en 1937, mais sa compagne est restée afin de documenter la guerre en Espagne. Des jours après il apprend que pendant la bataille de Brunete, elle a été écrasée par un char républicain. Capa a considéré Taro comme son épouse jusqu’à la fin de sa vie. Après la mort de Taro, Capa n’a pas cessé de travailler pour apaiser sa douleur. D’autres photos prises par Capa, comme Un défenseur de la Chine pour le magazine LIFE, ou celle du Front populaire du 14 juillet 1936 lui ont valu la notoriété internationale. En 1938 la revue de photographie Picture Post l’a nommé « le plus grand photographe du monde. »

En 1939 Robert Capa s’est vu obligé de quitter Paris. La loi française l’a obligé à déménager à New York près de son frère et de sa mère. Chargé par le magazine Colliers de couvrir le front d’Afrique du Nord, Capa s’est embarqué dans un périple qui a commencé en Sicile et qui a fini avec la libération de’Europe du régime Nazi.

Le débarquement de Normandie

« Pour un correspondant de guerre, louper un débarquement, c’est comme refuser un rendez-vous avec  Lana Turner. » – Robert Capa.

To_the_beaches_of_normandyIl y a 70 ans, le 6 juin 1944, Capa s’est embarqué pour le débarquement allié en Normandie afin de documenter la bataille contre les allemands. Il n’a pas su ce qui l’attendait dès son arrivée sur les plages normandes. Robert Capa a toujours cru que: « si vos photos ne sont pas assez bonnes, c’est que vous n’êtes pas assez près ». Ainsi, motivé par cette idée, il a décidé de prendre le bateau qu’amenait la première vague de soldats américains sur les côtes françaises. Il est le premier photographe qui est arrivé sur la plage d’Omaha Beach ou comme elle fut connue après,  « Omaha la sanglante ». Pendant six heures il a documenté l’une des batailles le plus meurtrières de la Seconde Guerre mondiale.

La photo la plus connue de ce jour a été celle que Capa a pris de Ed Reagan. La photographie montre un homme qui s’est écroulé de fatigue et qui est resté au ras de l’eau pour échapper aux tirs des allemands. Le magazine LIFE a publié toutes les photos. Dans le débarquement de Normandie, Robert Capa a pris 119 photos mais le laborantin de LIFE, pressé par le temps, a endommagé la plupart d’elles. Il n’est resté que 11 photographies comme témoignage de cette bataille capitale pour la libération de l’Europe. Près de 10.000 soldats alliés sont morts le 6 juin 1944, mais Capa a décidé de rester avec les troupes américaines jusqu’à la fin. Quelques jours après il a pris un avion avec une troupe de soldats américains et ils on été parachutés sur la Vallée du Rhin. Près de 17.000 hommes ont participé et presque un tiers a été tué. Il a continué à suivre les soldats  jusqu’à Leipzig et il à vu la libération de la ville.

La libération de Paris

Pour Capa, l’événement le plus important de la Seconde Guerre mondiale a été la libération de Paris. Plus tard Il a avoué que finalement il a pu entrer dans la ville où il avait appris à manger, boire et aimer. Ce jour il s’est jeté avec les gens dans les rues de la capitale française et il a fait part de la joie des français qui célébraient partout à Paris.

Après sa participation au coeur de plusieurs guerres: l’Espagne, la Chine et l’Afrique du nord, le périple de Capa était terminé. Lorsque la Seconde Guerre mondiale est finie il n’avait que 32 ans. Après la guerre il a avoué qu’il « espère rester au chômage en tant que photographe de guerre » jusqu’à la fin de sa vie.

Malheureusement le 25 mai 1954, pendant qu’il couvrait la guerre d’Indochine, il a mis son pied sur une mine et il est mort in situ sur le coup de l’explosion.

La France lui rendra hommage à titre posthume avec la Croix de guerre.

Image © Gerda Taro

Images © golem13.fr

Image © Vu magazine, Sept. 23, 1936. Robert Capa’s Spanish Civil War coverage

Image © Robert Capa Public domaine

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Carlos Dominguez-Lloret

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