Politique culturelle

Le prix Sakharov pour la liberté d’esprit décerné au cinéaste ukrainien Oleg Sentsov

Le prix Sakharov pour la liberté d’esprit décerné au cinéaste ukrainien Oleg Sentsov

05 novembre 2018 | PAR Gabrielle Degeorge

Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, détenu depuis mai 2014 en Russie, se voit décerner le prestigieux Prix Sakharov pour sa « contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’Homme dans le monde ».

Ce prix, attribué par le Parlement européen et crée en 1988 au nom du dissident soviétique Andrei Sakharov, cherche à récompenser ceux qui luttent à travers le monde pour la liberté d’esprit et la défense des droits de l’homme.

La position clairement pro-ukrainienne de Sentsov lors des manifestations de la Place Maïdan à Kiev en 2014 lui valent son arrestation. A la suite d’un procès qualifié de « stalinien » par l’organisation Amnesty International, Sentsov est condamné en 2015 à 20 ans de prison pour de prétendus actes terroristes. Il est jugé coupable d’avoir fondé une cellule terroriste et d’avoir mis feu aux locaux d’organisations pro-russes. On l’accuse également d’avoir planifié la destruction d’une statue de Lénine dans sa ville natale de Simféropol. Après son procès, il est transféré à la prison de haute sécurité « IK-8 » en Sibérie, réputée pour ses conditions de détention rudes.

En novembre 2017, un groupe de personnalités du monde culturel, dont Ken Loach, Pedro Almodovar, Wim Wenders, Slavoj Zizek ou encore la romancière francaise Annie Ernaux signent une pétition adjurant la clémence du président envers Sentsov, mais rien y fait.

Le 14 mai 2018, Sentsov entame une grève de la faim en protestation de la détention par le gouvernement russe de plusieurs de ses compatriotes ukrainiens, considérés des citoyens russes depuis l’annexion de la Crimée à la Russie en 2014, et dont il demande la libération. Malgré les implorations de nombreux gouvernements et intellectuels à travers le monde, Poutine reste de marbre face à cette mobilisation et refuse encore toute négociation.

Sentsov arrête enfin sa grève le 6 octobre dernier, après quatre mois. Il se trouve actuellement dans un état de santé déplorable. Durant ces 145 jours, Sentsov était nourri exclusivement de vitamines et de compléments qui lui fournissaient le strict minimum nécessaire à sa survie.

Malgré ces faits accablants, il ne faudrait pas oublier qu’avant d’être une figure de proue du mouvement dissident en Ukraine, Sentsov est avant tout un artiste et un citoyen, père de deux enfants. Son premier long-métrage, Gamer, sorti en 2011, explore la réalité fragile d’un jeune ukrainien passionné de jeux vidéos. Loin d’être un activiste politique éprouvé, Sentsov semble s’être engagé dans cette lutte sans l’avoir prémédité et face à l’adversité il reste ferme. A ce jour, Sentsov refuse toujours de demander la grâce présidentielle.

Poutine chercherait-t-il à démontrer son sang-froid et son autorité à son électorat? En effet, il semblerait qu’il ne veuille pas céder à la pression étrangère, d’autant plus que la majorité de l’électorat russe se dit en faveur de l’annexion de la Crimée. Quoiqu’il en soit, nous pouvons tout au plus espérer que le prix lui redonne courage.

visuels : Creative Commons

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