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Après la chute, de Denis Lehane :  Un polar au féminin

Après la chute, de Denis Lehane : Un polar au féminin

05 novembre 2018 | PAR La Rédaction

En octobre est sorti chez Payot Rivages le dernier roman du prolifique Dennis Lehane, en format poche. On accompagne Rachel, journaliste en pleine ascension, dans ses recherches d’un père inconnu. Une rencontre fera chavirer son fragile équilibre et révélera son instinct de survie.
Par Léa Schiavo
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La chute, c’est celle de Rachel, journaliste trentenaire établie à Boston. Au fil de sa carrière, pourtant brillante, elle supporte de moins en moins les horreurs auxquelles elle est confrontée. Le manque d’humanité de sa hiérarchie la glace : les chiffres d’audience sont la priorité, parfois au détriment des faits. En reportage en Haïti, au cours du séisme meurtrier de 2010, elle s’effondre en plein direct. Cette chute signe un point de non-retour pour elle. Virée, méprisée par le public et son entourage, c’est le déclencheur qui finit de l’abattre. Suite à son divorce et aux prises avec ses démons, Rachel s’enferme et vit en recluse.

Il faut dire que depuis l’enfance, elle lutte avec sa propre histoire : un père disparu dont sa mère, manipulatrice et toxique, refuse de dévoiler l’identité. A la mort de celle-ci, Rachel part sur les traces de cet inconnu. Au détour de ses recherches, elle croise le chemin de Brian Delacroix, détective privé. Un homme aux multiples visages qui changera littéralement sa vie.
La « patte » du géant du polar est reconnaissable dans ce « page-turner » au suspense efficace. Le héros habituel a laissé la place à une héroïne, qui s’éloigne des clichés féminins avec réussite. L’auteur nous livre un personnage fort, réaliste et restitue un exemple de psychologie féminine avec intelligence. Il ajoute une profondeur à son récit en y mêlant, en toile de fond, une critique de la société contemporaine. Il interroge ainsi les difficultés à se construire et s’adapter à une société individualiste, rongée par l’omniprésence des médias.

Aux premières pages, on est happé par ce qui s’annonce être un thriller psychologique sur l’identité, ses troubles et le double jeu. Mais après la deuxième partie, le rythme vacille et désoriente le lecteur après cette entrée en matière prometteuse. Si on est loin de l’efficacité imparable de Mystic River ou Shutter Island, Après la chute reste un bon polar, à l’efficacité cinématographique et aux personnages attachants.

Une adaptation au cinéma serait en projet, Dreamworks ayant acheté les droits à Lehane quand le roman était encore en écriture.

Dennis Lehane, Après la chute, Editions Payot Rivages / Noir, 400 pages, 9 euros, Date de publication octobre 2018.
visuel : couverture du livre

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