Politique culturelle
Maria Alekhina, Pussy Riot détenue dans un camp

Maria Alekhina, Pussy Riot détenue dans un camp

19 décembre 2012 | PAR Tatiana Chadenat

Un frémissement de révolte muselé par les sbirs de Poutine se fait sentir en Russie. La voix de Maria Alekhina, 24 ans, une Pussy Riot condamnée à deux ans de camp en août 2012 a été relayée grâce à une lettre envoyée à l’hebdomadaire russe New Times dans laquelle elle raconte son « anti-vie » dans un camp.

Le jour de sa réélection à la tête de la Russie le 7 mai 2012, Vladimir Poutine, redevenant président de la Russie pour un troisième mandat, avait déclaré : « Je jure, en tant que président de la Fédération de Russie, de respecter les droits et libertés du peuple et du citoyen ». Quelques jours après, le 31 mai une lettre ouverte écrite par plusieurs personnalités françaises et relayée par Le Monde (Bernard-Henri Lévy, Daniel Cohn-Bendit, Bernard Kouchner, André Glucksmann, Michel Hazanavicius, Bérénice Bejo, Enki Bilal, Pascal Bruckner, Nicolas Bedos, Nicole Bacharan, Dominique Simonnet, Galia Ackerman, Stanley Greene) demandait à M. Poutine de libérer les 34 prisonniers détenus illégalement en Russie : «Monsieur le président (…) Alors que vous débutez un nouveau mandat, les yeux du monde sont fixés sur vous. Nous vous demandons, respectueusement, la libération immédiate de ces trente trois femmes et hommes, afin d’envoyer à votre propre peuple, mais aussi au monde, le signal de l’avènement d’une nouvelle Russie, moderne, démocratique et respectueuse des valeurs universelles des droits de l’homme. (…)».

On le savait, dans la Russie de Poutine il est dangereux d’être opposant au parti (on ne compte plus les séjours en prison de l’avocat et opposant Alexeï Navalny), d’être journalistes (A la Novaïa Gazeta, six journalistes et collaborateurs ont été assassinés depuis l’entrée en fonction de Vladimir Poutine en mars 2000), d’être manifestant (le 5 juin, la Douma a interdit au peuple de se rassembler dans la rue) et d’être homosexuel (en novembre un projet de loi punissant «la propagande homosexuelle» était examiné pour faire taire les minorités sexuelles).

Ce que l’on connait moins, c’est l’enfer des camps. Condamnée en août dernier à deux ans de camp après avoir réalisé en février une prière anti-Poutine dans une cathédrale moscovite, Maria Alekhina est détenue dans la colonie pénitentiaire n°28, de la région de Perm (Oural). Par une lettre envoyée à l’hebdomadaire russe New Time, elle livre le récit accablant de son quotidien. Une «zone (…) entourée d’usines et de taïga» de laquelle se dégage des «fumées toxiques». «Tout est gris aux alentours, et même si quelque chose est d’une autre couleur, il y a toujours une nuance de gris dedans. Tout : les bâtiments, la nourriture, le ciel, les mots». Maria Alekhina dénonce les conditions de détentions déshumanisantes, faîtes de lecture obligatoire du règlement intérieur, d’un lever à 5h30 du matin, d’un manque cruel de sanitaire et de la nécessité de «coudre 12 heures par jour pour 1000 roubles (25 euros) par mois, de ne pas se plaindre (…) de renoncer à ses derniers principes, de se taire, d’endurer et de s’habituer … »

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Tatiana Chadenat

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