Politique culturelle
Les veilleurs et les veilleuses du Théâtre du Nord occupent les lignes avec de la poésie tous les soirs de 20h à 22h

Les veilleurs et les veilleuses du Théâtre du Nord occupent les lignes avec de la poésie tous les soirs de 20h à 22h

05 avril 2021 | PAR Yaël Hirsch

Depuis le 29 mars, les élèves du théâtre du Nord à Lille proposent de conserver du lien avec des poèmes et des textes. C’est chaque soir, c’est très beau et c’est sur consultation téléphonique… Rendez-vous au 03 20 00 72 64.

Le contexte de l’occupation

Le Théâtre du Nord est occupé par ses élèves de l’Ecole du Nord depuis le 12 mars. Le nouveau directeur, David Bobée, a demandé à ces élèves de laisser un peu de place pour que les auditions et le passage qu’elles occasionnent puissent avoir lieu. Alors que la majorité des occupants s’est repliée vers le Théâtre Sébastopol, restent 18 veilleurs et veilleuses qui ont « trouvé géniale » l’idée du Théâtre de la Ville et du Théâtre de la Colline de proposer des lectures de textes (lire notre article). Eux et elles aussi ont mis en place des lectures à voix haute, sur un simple coup de fil, chaque soir de 20h à 22h. Ils démontrent ainsi que les mots sont le meilleur moyen de garder du contact en temps de distanciation sociale. Nous avons fait l’expérience de cette occupation poétique et généreuse.

La joie de l’appel

Il est donc un peu plus de 20h lorsque nous appelons le 03 20 00 72 64, un samedi soir. C’est la standardiste qui nous répond, elle s’appelle Rebecca, a le sourire dans la voix et nous dit que nous serons rappelés. Le rappel de Nine est immédiat. C’est elle qui a choisi les textes qu’elles propose de lire ce soir et elle nous offre deux options qui parlent toutes les deux « d’amour » avec une certain décalage : un premier texte est une rencontre sexuelle intense entre une dame âgée et un jeune soldat en permission à Paris, un deuxième est une déclaration d’un fils à sa mère. Nous choisissons le premier et Nine nous le lit.

Le partage du texte

C’est un texte terriblement vivant, très cru, très libre, d’ébats entre cette dame âgée qui a été une grande actrice et un jeune soldat tout tatoué qui la trousse sans ménagement pour sa plus grande joie… Il s’agit d’un extrait du dernier roman de Blaise Cendrars, Emmène-moi au bout du monde (1956), qui retrace la vie de Marguerite Moreno, muse de Mallarmé et Valéry. Nine nous le lit goulûment, avec une joie et un amour du texte évidemment communicatifs. Nous retenons notre souffle et aussi nos éclats de rire pendant dix belles minutes où en effet, juste le texte, rien que le texte, nous sort de l’isolement pour nous mener à la découverte du monde, baroudeurs et très sociaux, un peu comme Cendrars.

L’écho des veilleurs et des veilleuses grossit et les élèves de l’Ecole du Nord ont déjà de 10 à 25 appels par soir, appelez vite pour une bouffée d’oxygène, de contact humain et de mots généreusement mis en partage.

visuel : dessins (c) Les veilleurs et les veilleuses  et photo  (c) YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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