Politique culturelle

Entretien avec Philippe Kauffmann, au sujet de Clermont-Ferrand 2028

Entretien avec Philippe Kauffmann, au sujet de Clermont-Ferrand 2028

13 octobre 2017 | PAR Maïlys Celeux-Lanval

Clermont-Ferrand, samedi 7 octobre. Nous rencontrons Philippe Kauffmann, directeur artistique de la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale de la Culture 2028, alors que la ville est en pleine agitation. Un grand week-end intitulé Effervescences investit les coins et recoins de la ville, y invitant artistes, acrobates et danseurs, pour prouver à la France entière et (surtout ?) aux Clermontois que leur ville vaut le détour. Résultat : un succès total, notamment lors de la première soirée qui a vu des milliers de personnes défiler dans les rues derrière un géant, avant de faire la fête au parc Montjuzet, entouré de sculptures de feux.

Qu’avez-vous pensé de la soirée d’hier soir ?

C’est très positif ! Les gens sont sortis de chez eux. Mais au-delà du monde qu’il y avait (10 000 personnes selon la mairie, ndlr), la combinaison des trois propositions artistiques que nous n’avions pas pu faire répéter – car c’était une intuition de les associer, La Folie Kilomètre qui a mené la parade à partir du centre, L’Homme debout qui a invité un géant durant toute la balade et la compagnie Carabosse qui s’est occupée de l’installation des feux au parc Montjuzet –, cette combinaison donc a été très bien comprise par le public. Il s’est laissé emporté par le geste poétique, sans attendre quelque chose d’événementiel, des feux d’artifice, des fanfares, etc. Là, cela s’est passé de manière très douce, en famille… Les gens ont vraiment compris ce qu’on voulait leur raconter.

img_5748Qu’est-ce qui vous fait envie dans la candidature de Clermont-Ferrand au titre de Capitale de la Culture 2028 ?

Tout reste à faire. Je ne suis pas mandaté pour écrire le dossier de Capitale de la Culture 2028 mais je suis là pour lancer une énergie, une dynamique, et faire que les gens se parlent et construisent ensemble. C’est toute la symbolique du week-end Effervescences, de la procession hier : c’est que ce soit une co-construction. Le grand atout de la ville, c’est qu’elle se donne le temps. C’est tellement rare qu’en politique on puisse travailler sur du long terme… Ici, j’ai l’impression que le maire a pris beaucoup de distance par rapport aux calendriers. Aussi, c’est une ville à dimension humaine, ce n’est pas un mastodonte. On comprend vite les énergies complémentaires qu’on peut mettre en place. C’est aussi une ville qui a des spécificités de par sa situation géographique, de par ce bloc minéral au milieu de la nature ; d’être au milieu de nulle part, et en même temps au centre de la France. C’est une ville de paradoxes, dans un territoire qui était agricole et qui est devenu industriel. Toutes ces mutations-là sont des terrains de jeu pour construire une candidature intéressante.

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Et qu’est-ce qui vous fait peur ?

C’est la même chose mais dans l’autre sens : la ville est au milieu de tout, et en même temps elle est loin de tout. C’est compliqué de la faire rayonner. Il faut aussi que les Auvergnats aient envie. J’ai vécu la Capitale de la Culture à Mons, et je peux vous dire que, jusqu’à la veille de la fête d’ouverture, les gens n’y croyaient pas et n’avaient pas envie. Ici, on veut créer du désir, du partage, de la co-construction… Il faut créer un sentiment de fierté, par rapport à la ville. Il faut que les mentalités s’ouvrent, que les gens se disent : « wah, c’est génial ce que l’on fait, on y arrive ! ».

Avec quels thèmes voulez-vous susciter l’engouement ?

Pas de thème. Non, ce sont les gens qui doivent décider des thèmes. Mais, 10 ans à l’avance, on ne va surtout par s’embarrasser de thèmes. Cela arrive en dernier… On fait tout ce qu’on a à faire, et une couleur émerge à la fin.

Et, pour les infrastructures ? On raconte qu’il n’y aura pas énormément de changement.

Il faut faire un état des lieux de ce qui existe. Il y a déjà énormément d’outils – la deuxième scène nationale qui va se créer, un nouvel outil pour le festival du court-métrage (La Jetée) ; je ne suis pas sûr que la ville ait besoin d’avoir de grands outils supplémentaires. Souvent, on crée des infrastructures, tout l’argent y passe, et puis on ne pense pas aux équipes qui vont l’occuper ensuite, aux projets qu’il va falloir mener… C’est comme le MUCEM à Marseille : le lieu est fantastique, et maintenant il n’y a plus de sous pour faire de nouvelles expositions, pour dynamiser les équipes, pour réinventer. À Mons, pareil, on a créé trois nouveaux lieux sans prévoir les sous pour 2016, 17, 18, 19 pour y faire la programmation et y inviter des artistes. Donc, je suis pour la récupération des friches. Il y a assez de lieux, il faut remettre du vivant dans tout ça.

Voulez-vous travailler avec le patrimoine de la ville ou vous en dégager ?

On veut absolument jouer avec ; le patrimoine de Clermont-Ferrand est historique, mais également très contemporain. On rêve par exemple d’envahir les pistes Michelin ! C’est un patrimoine industriel passionnant. Jouer avec le patrimoine est dans l’ADN du projet.

Comment ressentez-vous le territoire de Clermont-Ferrand, ses habitants ?

J’ai un sentiment qui est celui d’aujourd’hui, samedi 7 octobre à midi… Donc, hier soir, il y a eu une véritable curiosité. Tous les « Rendez-vous secrets » sont complets, 10 000 personnes pour la première soirée… Les gens ne sont pas fermés, contrairement à ce qu’on m’avait dit ! Et puis, pour le territoire, on a la nature tout autour de nous. Il y a tout le temps un appel vers l’extérieur. À titre personnel, ça me fait vibrer.

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Maïlys Celeux-Lanval

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