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Pink ne travaillera plus avec Dr. Luke – pourquoi c’est important

Pink ne travaillera plus avec Dr. Luke – pourquoi c’est important

06 octobre 2017 | PAR Sarah Reiffers

La chanteuse américaine Pink a exprimé son refus de travailler avec le producteur Dr. Luke, accusé par Kesha de viol et d’harcèlement moral. Un refus qui dépasse le simple «non» et aborde la question encore bien trop tabou de la «culture du viol».

L’affaire avait fait beaucoup de bruit sur le net. En février dernier, à la surprise générale, la chanteuse américaine Kesha, à qui l’on doit notamment le tube Tik Tokperd son procès contre son producteur, Dr. Luke, qu’elle accuse de viol et d’harcèlement moral. Il ne sera pas condamné. La maison de disque Sony, avec qui Kesha est sous contrat, se range du côté du musicien: la jeune femme devra continuer à travailler avec lui pour, au minimum, six nouveaux albums. Tels étaient les verdicts de la justice et de l’industrie du disque. Depuis, Kesha a remporté une victoire en demi-teinte: elle a récemment rejoint un autre label et écrit un nouvel album, Rainbow, qui vient de sortir dans les bacs.

Si sa carrière semble repartir, celle de Dr. Luke bat de l’aile. Après la chanteuse Kelly Clarkson c’est au tour de Pink de refuser toute nouvelle collaboration avec le producteur, qu’elle connaît personnellement pour avoir travaillé avec lui en 2006. «Il ne travaille pas bien, n’est pas une bonne personne, et ne fait pas de bonnes choses lorsqu’il en a largement l’opportunité», a-t-elle confié dans un article du New York Times paru hier.

Malgré les accusations portées contre lui et appuyées par, notamment, de nombreux emails, Dr. Luke est aujourd’hui encore soutenu par Sony et quelques artistes de l’industrie. On retrouve par exemple son nom sur le dernier album de Katy Perry, Witness, pour lequel il a produit deux morceaux dont le single Swish Swish.

Cette affaire n’est malheureusement que la surface d’un problème majeur qui perdure dans le domaine de la culture – et ne rencontre guère d’opposition véritablement efficace. En refusant de travailler avec Dr. Luke, Pink s’attaque indirectement à l’encouragement – voire la promotion, consciente ou inconsciente – de la culture du viol, ensemble de procédés qui consiste à normaliser le harcèlement et l’abus sexuel à l’encontre des femmes et, dans une moindre mesure, des hommes. L’un des meilleurs exemples en date reste la chanson Blurred Lines, composée et interprétée par Robin Thicke et Pharrell Williams, véritable hit que nous nous sommes tous surpris à fredonner courant 2013. Les «lignes flouées» dont il est question sont celles qui se situent entre une affirmation et une négation: comprenez qu’un «non» veut en réalité dire «oui». La chanson est restée numéro un des ventes en France pendant six semaines – alors, évidement, Thicke et Williams sont pardonnés. Le dernier est même devenu l’un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus bankable de l’industrie du disque.

Ce problème ne s’arrête pas au monde de la musique mais touche la plupart, voire la totalité, des champs artistiques, comme le cinéma et la télévision. Et encore une fois, plus le succès est grand, plus le cœur y est. La série Games of Thrones inclut plus de cinquante scènes d’abus sexuels et vingt-neuf victimes de viol selon un recensement. Si l’on dépasse le côté absurde de tels nombres, mettre en scène ou parler d’un viol dans une série télévisée qui touche un si grand nombre de personnes peut être, en soi, une bonne chose, à condition qu’elle soit à but éducatif, c’est à dire qu’elle cherche à sensibiliser et à faire évoluer les mentalités sur la question. Ce qui n’est pas le cas dans Games of Thrones. Pire, les scènes d’abus sexuels ne sont pas forcément utiles à l’évolution du scénario et/ou au développement des personnages – elles sont là, point. Comme pour faire joli.

Cela étant dit, laissons la parole – et le mot de la fin – aux plus grands: «Pourquoi consultez-vous [la bouche des femmes], quand ce n’est pas elle qui doit parler. Consultez leurs yeux, leur teint, leur respiration, leur air craintif, leur molle réticence: voila le langage que la Nature leur donne pour vous répondre. La bouche dit toujours non, et doit le dire […] elle ment, pour ainsi dire, car sinon elle n’attirerait plus». C’est Rousseau qui le dit.

Visuel: ©Wikimedia

 

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