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Pablo Milanés, grande voix de la « Nueva Trova », s’est éteint à l’âge de 79 ans

Pablo Milanés, grande voix de la « Nueva Trova », s’est éteint à l’âge de 79 ans

24 novembre 2022 | PAR Mai Linh Tang Stievenard

Figure emblématique de la musique cubaine, le chanteur et compositeur Pablo Milanés est décédé d’une maladie onco-hématologique à Madrid, le 22 novembre. Il était âgé de 79 ans. Après la mort de Gal Costa le 9 novembre, l’Amérique latine semble dire adieu à ses plus grandes voix.

Quand musique rime avec politique : un chanteur engagé

Né le 24 février 1943 à Bayamo, Pablo Milanés commence sa carrière dans les années soixante. Il s’intéresse d’abord au « feeling », un style musical aux thématiques romantiques influencé par le jazz nord-américain avant de se tourner vers la « Nueva Trova » dont il devient l’icône. Ce genre musical se fonde sur des textes poétiques et engagés et surgit lors de la révolution cubaine de 1959 et du mouvement mondial de la « folk music ». Pablo Milanés s’oriente vers les chansons à texte, les poèmes à valeur politique. Sa musique devient engagée. Il soutient pendant quelque temps la révolution de Fidel Castro. Admirateur de l’idéal révolutionnaire, le chanteur déchante rapidement. À l’âge de 23 ans un passage dans un camp de travail pour homosexuels, religieux et autres Cubains considérés comme déviants a raison de son admiration pour la révolution cubaine.
Le chanteur s’éloigne alors de la dictature cubaine. En juillet 2021 à Cuba, témoin de manifestations porteuses de messages percutants tels que : « Nous avons faim », « Liberté » et « À bas la dictature », le chanteur finit par adresser une critique au gouvernement : « Il est irresponsable et absurde de blâmer et de réprimer un peuple qui a fait des sacrifices et tout donné pendant des décennies pour soutenir un régime qui, finalement, ne fait que l’emprisonner. » 

Un chanteur prolifique et éclectique 

Pablo Milanés enregistre son premier album intitulé Mis 22 años en 1965, suivi de dizaines d’autres. En 2006 et 2015, l’interprète de Yolanda et Vivir reçoit deux Latin Grammy Awards. Il obtient en 2006 le prix du meilleur album pour Como un Campo de Maiz et un prix d’excellence musicale de la Latin Recording Academy en 2015. Son répertoire oscille entre divers styles musicaux : rumba,  changüí, bossa nova, jazz. Ses chansons se fondent sur des sujets à forts contenus sociaux ou spirituels. La quarantaine d’albums du chanteur compose un voyage musical au rythme de la transformation des divers supports musicaux. 

Vivir ou le désir de vivre

Le chanteur cubain souffrait depuis plusieurs années d’une maladie onco-hématologique qui l’obligeait à résider à Madrid depuis 2017, ce qui lui permettait de « recevoir un traitement qui n’existait pas dans son pays », selon son agence artistique. En juin, lors d’un concert à la Havane qui rassemblait plus de 10 000 personnes, l’artiste avait interprété ses plus grands titres : Yolanda et Vivir. Le public l’avait accompagné en chantant en chœur. Un message d’adieu au peuple cubain avec qui il entretenait un lien profond. Pablo Milanés avait déjà annulé des concerts prévus en Espagne et en République dominicaine. Le chanteur rend son dernier souffle le matin du 22 novembre à Madrid dans une clinique où il était hospitalisé depuis plusieurs jours. Pablo Milanés laisse derrière lui une population cubaine endeuillée. 

La musique, langage universel 

Le chanteur cubain, marié cinq fois et père de sept enfants, suscite des hommages aussi bien de l’opposition que du régime cubain. L’artiste a marqué des générations d’hispanophones, y compris en Espagne où il était traité pour le cancer qui l’a emporté. « La culture cubaine est en deuil après le décès » a tweeté le Premier ministre cubain, Manuel Marrero Cruz.
La culture cubaine pleure une figure emblématique du milieu musical.

Visuel : © Concierto de Pablo Milanés. Realizado el jueves 1 de octubre en Parque de los pies descalzos, Medellín, Colombia. / David Estrada Larrañeta /FNPI

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