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Eurovision 2009 : petites leçons de stratégie…

15 mai 2009 | PAR Gilles Herail

Patricia Kass

Samedi 9 mai, France 3 diffusera un (54)énième concours de l’Eurovision. Simple compétition de chant ringarde ou reflet des turpitudes de l’Europe politique ? La vérité flotte entre les deux.

Depuis 1956, le concours n’a cessé de réunir un public fidèle, féru de chansons et de patriotisme. Le principe est resté le même : chaque pays présente son poulain qui affronte en chansons les autres artistes. Sur la forme, ce « grand moment » européen a tenté de se moderniser, avec plus ou moins de succès. Les sept pays fondateurs ont dû accepter l’élargissement : 25 chanteurs sont qualifiés après deux demi-finales. Le concours s’est tourné vers l’Europe de l’est, mais aussi bien au-delà. On retrouve ainsi une présence plus que symbolique de la Turquie, vainqueur il y a quelques années de ce concours… européen. La vieille compétition se fait ainsi plus novatrice que prévue.

Devant l’explosion du nombre de participants, le show s’éternise sur de longues heures. On soutient chaque année avec émotion ces commentateurs qui meublent autant que possible le long et fatidique moment du dépouillement. L’eurovision se veut en effet participative, permettant aux spectateurs de voter directement pour leur favori, sur fond de rivalités géostratégiques. Le vote est en effet souvent politique. Parmi les 10 derniers vainqueurs, plus de la moitié vient des pays de l’est. Si les téléspectateurs ne peuvent voter pour leur chouchou national, ils ont le droit de choisir le voisin. Et ils ne s’en privent pas. Le concours serait-il donc « passé à l’est » ? La France a compris cette tendance en sortant cette année une carte maitresse.

Bien décidé à retrouver sa gloire passée (entendez Marie Myriam, winner il y a 30 ans), France télévisions a surpris son monde en annonçant la présence de Patricia Kaas. Après des années difficiles dans les bas fonds du classement, oubliés les candidats inconnus publics, anciens de la télé réalité, ou membres de la scène bobo parisienne. Retour stratégique aux classiques avec une chanteuse à voix, populaire à l’étranger, notamment en Russie, organisatrice du concours. Coïncidence ?

La France tente le tout pour le tout pour restaurer sa place dans ce concours symbolique. Elle prend cependant un risque. N’oublions pas l’une des règles sacrées de l’Eurovision. Si une place sur le podium est toujours bien vue, la victoire doit être évitée à tout prix. Qui dit gagnant, dit organisation de la prochaine eurovision, donc coût exorbitant pour retombées incertaines. Vus les scores précédents des français, la menace est minime. Patricia Kaas doit donc réussir l’exploit de devenir la Poulidor de la variété, et atteindre la deuxième place, pour voir son contrat rempli.

Terminons par un message personnel : Patricia, la boiteasorties est avec toi.

Gilles Hérail

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