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Agression sexuelle dans Touche pas à mon poste : Hanouna et ses chroniqueurs dans le déni

Agression sexuelle dans Touche pas à mon poste : Hanouna et ses chroniqueurs dans le déni

19 octobre 2016 | PAR Gilles Herail

L’équipe de Touche pas à mon poste hier a débriefé hier la « polémique » sur le geste « maladroit » de Jean-Michel Maire. Un concentré des discours que l’on entend malheureusement encore trop souvent pour décrédibiliser les violences sexuelles, quelles qu’elles soient et quelque soit leur gravité. Teinté d’un vrai mépris pour la principale intéressée, Soraya, interrompue en permanence dans une interview qui donnait les questions et les réponses avec pour unique objectif de minimiser/décrédibiliser les faits. Analyse.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le chroniqueur de Touche pas à mon poste (TPMP) Jean-Michel Maire a embrassé sur la poitrine, sans son accord, une figurante présente sur le plateau dans le cadre d’un sketch sur Kim Kardashian. L’acte de Jean-Michel Maire n’est pas une tentative de viol (et la presse ne l’a d’ailleurs pas qualifié de cette façon). Il semble en revanche loin d’être illégitime de le qualifier d’agression sexuelle. Ce n’est ni un gros mot, ni une injure, ni un jugement de morale, mais un terme juridique qui définit un délit puni par la loi. L’absence de consentement est claire (Soraya l’exprime à plusieurs reprises) et les faits semblent tout à fait pouvoir relever de la définition du code pénal : «constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise» (Article 222-22 du Code Pénal).

L’équipe d’Hanouna est revenue hier soir sur les faits et leur médiatisation, avec gêne, confusion et maladresse. Sans réussir une seule fois à nommer les choses et en cherchant en permanence à les excuser et à les dédramatiser. Buzfeed a listé avec précision les 9 stratégies de minimisation utilisées par Hanouna et la quasi totalité de ses chroniqueurs : « trouver des circonstances atténuantes », « plaindre l’auteur des faits », « décréter que ce n’est pas une agression sexuelle », « trouver des boucs émissaires », « parler à la place de la victime » « culpabiliser la victime » « nier les règles du consentement » « décréter qu’une plainte n’aurait pas été possible » et « demander l’avis des fanzouzes » de TPMP. Des éléments de langage que l’on retrouve habituellement dès qu’on épluche les commentaires sur les affaires de violences sexuelles présumées. Et une stratégie de déni qui démontre une vraie incapacité à considérer le caractère délictuel ou criminel de ces actes, dans la lignée (en moins pire) de la qualification de « troussage de domestique » utilisée par Jean-François Kahn concernant une accusation (non-jugée) « d’agression sexuelle, tentative de viol et séquestration ».

L’analyse des mots employés dans cette séquence d’une vingtaine de minutes est loin d’être anodine. Le terme agression sexuelle sera systématiquement écarté au profit de qualificatifs divers comme : « hyper lourd », « un manque de respect », « de la pure goujaterie », « maladroit », « grossier », de « fin de soirée », une « rigolade », « lourdingue », « crétin », une « boutade ». En guise d’analyse : il « faut pas exagérer », « on en a fait un drame », « il a voulu déconner un peu » « faut pas non plus basculer dans un puritanisme total » « ya des choses beaucoup plus graves dans le monde ». Et sur la qualification d’agression sexuelle :  « les mots ont un sens » « c’est pas une agression sexuelle c’est du sexisme ». Au delà du vocabulaire, la mise-en-scène et la gestion de l’interview participent également à une forme d’intimidation de Soraya. Qui n’aura pas l’occasion de finir une phrase, systématiquement interrompue par des chroniqueurs qui cherchent désespérément à orienter ses réponses.

Alors que Soraya se présente dans une démarche d’apaisement et répète à plusieurs reprises qu’elle a « pardonné » à Jean-Michel Maire, les chroniqueurs de TPMP procèdent à une mise-sous-pression en règle, pour cadrer le discours et obtenir un soutien encore plus franc de la principale intéressée. « Ça ne vous a pas choqué plus que ça », « tu t’es pas sentie agressée, peut-être gênée », (concernant ses parents) « ils n’étaient pas plus choqués par le fait de vous voir dans une baignoire? ». Alors qu’elle explique avoir décidé de ne pas porter plainte, malgré les conseils de certains, le ton des « journalistes » se fait encore plus virulent. On frôle l’interrogatoire et plusieurs chroniqueurs interpellent en même temps Soraya, alors qu’elle cherche à s’exprimer : « on rêve », « vous vouliez porter plainte, déposer plainte pour ça? », « vous avez imaginé un quart de seconde porter plainte pour ça » « Est ce que vous avez imaginé de le faire? » « Au delà de ça, sinon vous auriez déposé plainte? ».

La conclusion lapidaire de l’émission, suivant cette séquence nauséabonde, méprisant toute règle de déontologie, est du même acabit. Pour conclure en beauté son CQFD, Hanouna s’en remet au tribunal populaire de ses fans Twitter. La réponse est sans appel, 75% n’ont pas été choqués. Une dernière manipulation lui fera dire que par conséquent, 75% « ne parlaient pas d’agression sexuelle ». On vous laisse juge, mais la réaction de TPMP hier donne plus que jamais envie de ne rien laisser passer et de continuer un vrai travail de pédagogie pour que la France réussisse un jour à être un poil moins tolérante avec les violences sexistes et sexuelles.

Pour vous faire un avis : la vidéo de l’émission d’hier.

Gilles Hérail

Visuel : logo officiel de l’émission Touche pas à mon poste.

 

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