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L’oeuvrier Jean-Loup Dabadie: sa mort, son oeuvre

L’oeuvrier Jean-Loup Dabadie: sa mort, son oeuvre

25 mai 2020 | PAR LouisChiffoleau

L’artiste aux multiples facettes est décédé ce dimanche 24 mai à l’âge de 81 ans à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière. Pour lui faire hommage revenons sur ses casquettes artistiques ; un homme de lettres qui marqua la culture française dans presque tous les domaines de l’art.

Un homme de lettres d’abord

En 1957, à dix-neuf ans, il publie son premier roman, Les Yeux secs, (éd. du Seuil), suivi l’année suivante par Les Dieux du foyer. Pendant ses débuts de romancier, le jeune auteur amorce une carrière de journalisme grâce à Pierre Lazareff. Au cours de cette période, il collabore à la création de la revue Tel quel et écrit des critiques de films et des reportages pour Arts.

A partir de 1962, Jean-Loup Dabadie écrit dès pour la télévision avec Jean-Christophe Averty et celui qui deviendra son complice, Guy Bedos. Avant d’entamer une grande carrière de scénariste et de parolier.

Un homme de chanson

Reggiani, Polnareff, Clerc, Sardou, Barbara… Le parolier aura contribué avec sa sensibilité et sa mélancolie aux plus beaux titres de la variété. Dabadie aurait signé ou cosigné près de 300 chansons, pour des artistes variés allant de Barbara à Régine en passant par Reggiani, Clerc ou Sardou.

Tout avait commencé par une scène poignante entre un père et un petit garçon abandonnés. « Attends, je sais des histoires. » En 1967, Reggiani contacte Dabadie, alors auteur de sketchs pour la télévision et Guy Bedos (« Bonne fête, Paulette », « Le Boxeur »), pour lui commander une chanson. Celui-ci s’exécute. « C’est la chanson que j’ai écrite le plus rapidement de ma vie, avait-il expliqué à l’Agence France-presse en 2015. Comme j’avais une formation de dramaturge, je n’ai eu que le réflexe de me raccrocher à l’image que j’avais de ce grand acteur. J’ai écrit cette chanson en forme de scénario et j’ai toujours fait ça après dans ma vie. Le Petit Garçon, c’est l’histoire d’un homme qui vient d’être quitté par sa femme et qui se retrouve seul avec son petit garçon. » Les paroles sensibles de Dabadie s’accordent parfaitement à la voix peinée de Reggiani. Les deux artistes signeront des petits bijoux de la chanson française : « L’Italien », « Hôtels des voyageurs », « L’Absence »…

Un homme de cinéma

L’artiste était un homme de cinéma. Il avait été invité au festival Lumière 2016 pour présenter le mythique « Un éléphant, ça trompe énormément » (1976) aux côtés de Guy Bedos. Mais aussi en 2018 pour les dix ans du festival qui mettait à l’honneur Jane Fonda. Et enfin l’an dernier, en 2019, aux côtés de Francis Ford Coppola.

Il était au festival Lumière 2019 pour assister au sacre de Francis Ford Coppola. Cette année là, Coppola avait déclaré au Progrès : « Je deviens immortel grâce à vous » Dès les débuts du Festival Lumière, Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier avaient songé à inviter Francis Ford Coppola, mais le cinéaste ne voulait pas être honoré. Il préférait s’adresser à la jeunesse. Il a fini par accepter pour la 10e édition et il ne l’a pas regretté.

Il a été nommé plusieurs fois pour les César : 1977 pour le César du meilleur scénario original ou adaptation pour « Un éléphant ça trompe énormément », en 1978 pour le César du meilleur scénario original ou adaptation pour « Nous irons tous au paradis », et en 1979 pour « Une histoire simple ».

Un homme de théâtre

Et oui… aussi Dabadie était un grand homme de théâtre. Avec en 1967 « La Famille écarlate » de mise en scène Gérard Vergez au théâtre de Paris. Il a aussi repris « D’Artagnan », texte du spectacle de Jérôme Savary en 1988 ; et, en 2004 « Fans, je vous aime ! » de Pierre Palmade, Henri Mitton, Jean-Loup Dabadie, Sylvie Joly, mise en scène Bruno Agati, Alex Lutz, théâtre des Mathurins… Il a été nommé pour les Molières en 1990 « Quelque part dans cette vie »..

Surtout c’était un grand collaborateur de Jean-Christophe Averty avent d’écrire des sketches pour Guy Bedos. Il travaillera après pour le couple, de Bedos avec Sophie Daumier. Que ce soit de « Le Boxeur » au « La Police avec nous » il marqua l’humour en scène français de sa plume.

Un homme d’amitié et académicien

Michel Polnareff. Michel Sardou Dans « Les mamans qui s’en vont », il rejoue la partition d’un père qui doit gérer ses enfants sans sa femme ; avec « Parce que c’était lui parce que c’était moi », il revient sur une amitié brisée par une femme ; « Salut » est la chanson que Sardou dédie à ses fans qui l’ont suivi pendant quarante ans ; « La Défensive » revient sur la fin d’un mariage avec mélange de fatalisme et de regret. Mais il écrira aussi une chanson très engagée pour son ami Julien Clerc : « L’Assassin assassiné » (1980) : véritable plaidoyer énergique contre la peine de mort.

C’est un des plus prestigieux membre de l’Académie française. Académicien lui-aussi, l’auteur Erik Orsenna se souvient d’un parolier exceptionnel. « Il a mis des paroles sur nos vies, sur nos sentiments, sur nos déchirures, sur nos espérances, c’est incroyable ». Jean-Marie Rouart, académicien lui aussi, rend hommage à Jean-Loup Dabadie, en le décrivant comme « quelqu’un vraiment de lumineux » qui « avait ce sourire qui faisait du bien ». « Jean-Loup Dabadie avait toujours l’air d’une bonne nouvelle », témoigne-t-il.

Des amis, des proches, il laisse derrière lui ses œuvres et ses travaux. L’homme d’une humilité extraordinaire s’en est allé ce dimanche.

 

©Visuel, Jean-Loup Dabadie en 2009 Wikipédia

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LouisChiffoleau

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