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L’interview confinée d’Anna Gaïotti : « Je connais cette ultra sédentarité quand je suis en pays Hamar et pays Nyangatom »

L’interview confinée d’Anna Gaïotti : « Je connais cette ultra sédentarité quand je suis en pays Hamar et pays Nyangatom »

29 mars 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

À la rédaction, une idée a surgi dans les boucles de mails : faire parler des artistes, leur demander « comment ça va ? » et comment ils vivent leur confinement, ce que cela provoque en eux. Aujourd’hui,  la danseuse et poétesse Anna Gaïotti nous répond.

Comment ça va ?
Je vais très bien, merci. Je suis à Paris, dans un HLM de Ménilmontant ; je cohabite avec un musicien japonais dans une ambiance studieuse, presque monacale. Par la fenêtre, la rue est calme, animée par les voix en dessous, au dessus, et les piétons. Je vois barre et tours de HLM, de 5 à 12 étages. Vers 19h50, ci et là, j’entends certains se préparer pour l’appel de 20h. À 20h, un cor lance l’appel, des lumières s’allument, des enfants accourent, les présents ouvrent leurs fenêtres pour participer au soulèvement polyphonique. Applaudissements, trompettes, cor, casseroles s’embrasent pour quelques minutes de chaleur. Les sound systems prennent le relais un moment, puis le son fond de nouveau dans le calme. J’enregistre chaque soir, nous participons, avec claquettes cymbales pop japonaise ustensiles de cuisine, à l’improvisation populaire.
Ce que je vois est régulier, mais je suis surtout attentive à ce que j’entends et écoute. C’est ma façon de regarder mon environnement présent.

Est-ce que vous sortez encore un peu ou bien êtes-vous totalement enfermée ?
Je sors peu. Je fais des courses, et marche dans le quartier entre Belleville et Ménilmontant. Et je sors dans la cour de l’immeuble pour faire 20 à 30 minutes de corde à sauter.

Quelles sont vos routines culturelles pour faire descendre l’angoisse ?
Je ne suis pas angoissée. J’ai vite cessé de lire sur les réseaux sociaux les tergiversations de chacun.e. Je profite de ce moment pour regarder des films, lire, écouter du jazz et de la musique contemporaine, réfléchir, et me concentrer sur des travaux d’écritures et de publications qui étaient en sommeil ou en attente.

Vous êtes poétesse et danseuse ; comment votre pratique vous aide en ce moment ?
En effet je suis écrivaine et danseuse. 2 cordes qui, dans le rythme tumultueux des répétitions et tournées, se joignent mal, alors que c’est ma pratique de les assembler. Déjà, au cours de l’année, je m’applique à stopper le rythme de la de la danse pour pouvoir me fondre dans l’écriture seulement. Je danse quand j’écris. J’écris de la danse avec l’écriture poétique. Je connais cette ultra sédentarité quand je suis en pays Hamar et pays Nyangatom, qui sont des espaces et des temps d’écriture. La grande chaleur oblige à rester confiné.e. Cependant, il me manque le contact humain, des enfants, des ami.e.s, des animaux, et le ciel éthiopien.
Maintenant, c’est d’ailleurs un moment propice pour reprendre mes écrits éthiopiens qui étaient sur le feu.

Quels mouvements ou respirations conseillez-vous ?
Respirer déjà, largement et calmement, sans se forcer. S’imaginer comment l’air circule dans le circuit du corps, du squelette et des organes, et s’imaginer que ce souffle caresse et masse les organes. S’il y a une douleur nerveuse, diriger le souffle sur la zone souffrant.
Bien se tenir dans sa verticalité afin que les organes puissent fonctionner. Rester en mouvement, physiquement et mentalement. Et être dans un ralentissement organique (l’alimentation y contribue).
J’ai pour habitude (déjà avant le confinement) de faire de la corde à sauter, et de me doucher à l’eau froide, quotidiennement. Et étirer les méridiens.

Alors, est-ce que ce temps révèle quelques plaisirs coupables ?
Pourquoi être coupable d’un plaisir ? Avec cette pause, je ne réponds pas à mes plaisirs « coupables », puisque les miens sont nocturnes, dehors, et dans la rencontre et l’échange avec les autres. Là je ne peux toucher ni embrasser personne.

Visuel : Anna Gaïotti

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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