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Campagne VIH : « Si on avait eu un couple hétérosexuel sur les photos, rien de tout ça ne serait arrivé » affirme le président d’AIDES

Campagne VIH : « Si on avait eu un couple hétérosexuel sur les photos, rien de tout ça ne serait arrivé » affirme le président d’AIDES

25 novembre 2016 | PAR Audrey Paillasse

Le gouvernement dévoilait la semaine dernière une campagne de prévention contre le VIH, qui a déclenché des réactions virulentes de la part d’anonymes et d’élus. Mercredi 23 novembre, l’association AIDES a publié à son tour « Révélation », une série de quatre photographies saisissantes. A quelques jours de la Journée Mondiale de lutte contre le Sida, le président d’AIDES Aurélien Beaucamp s’est exprimé sur la nouvelle campagne et sur la polémique qui ne faiblit pas.

La polémique issue des affiches de la dernière campagne sur la prévention du Sida a ravivé de nombreux débats à quelques jours du vote de la primaire de droite.

Deux hommes enlacés sur un fond coloré, c’est l’objet de la controverse qui s’abat depuis près d’une semaine sur la campagne anti-VIH lancée par le Ministère de la Santé, dans le cadre de la lutte mondiale contre le virus du sida. Pour accompagner les photos, quelques lignes et un slogan : « Coup de foudre, coup d’essai, coup d’un soir (…) les situations varient, les modes de protection aussi ». Les affiches ont été conçues par le gouvernement, en partenariat avec des associations, dont AIDES. Interrogé sur les réactions du public à la suite du lancement de la campagne, le président de l’association Aurélien Beaucamp s’est dit « très surpris » par l’ampleur du mécontentement. Pour lui, les critiques, « stériles », sont directement liées à la représentation de l’homosexualité : « Si on avait eu un couple hétérosexuel sur les photos, rien de tout ça ne serait arrivé », nous a-t-il affirmé. Quelque 8 000 affiches ont été déployées dans 130 villes de France, provoquant un tollé immédiat. Lundi 21 novembre, plusieurs mairies ont décidé d’interdire l’affichage de la campagne dans l’espace public.

Louis Ronssin, le responsable du collectif La Manif pour tous dans l’Ouest de la France a été l’un des premiers à réagir avec ce message posté sur Twitter : « Nettoyage en cours à deux pas d’une école primaire ». Christine Boutin a quant à elle répondu à ce tweet par un « merci mais quelle honte ! ».

Les réseaux sociaux se sont très vite enflammés autour du « pour » et du « contre » les affiches du gouvernement. Dans le camp des détracteurs, les arguments vont du caractère sexuel des images au message véhiculé, qui inciterait à adopter une sexualité débridée. En somme, des affiches inappropriées pour les yeux des enfants. Pour Aurélien Beaucamp, ces reproches n’ont pas lieu d’être. « On entend ce genre de critiques depuis des années, reconnaît-il. Avant déjà on nous disait qu’on incitait les jeunes à avoir des relaxions sexuelles ». Quant aux photos qualifiées de suggestives, le président d’AIDES relativise : « On a deux hommes habillés qui s’enlacent, quoi de plus sobre ? Ce n’est pas plus sexuel qu’une pub de parfum qu’on voit tous les jours dans notre société consumériste ».

Du côté des politiques, le chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson, évincé dimanche dernier au premier tour de la primaire à droite, s’est fendu d’un tweet moralisateur. Il a appelé la communauté à signer une pétition pour le retrait des affiches, jugées « indécentes et homophobes », au nom de la « protection de l’enfance ». Plusieurs personnes ont en effet jugé la campagne stigmatisante envers les homosexuels. Sur le plateau d’RTL, l’écrivain Denis Tillinac a déclaré y avoir vu « une espèce d’identification du sida à l’homosexualité (…) [un] amalgame ». Là encore, Aurélien Beaucamp nous a expliqué que la critique ne tenait pas debout : « Environ 40% des personnes contaminées par le VIH sont homosexuelles, c’est une réalité. Ils sont la catégorie la plus exposée ». Adressée à Manuel Valls, la pétition a récolté à ce jour 54 523 signatures.

D’autres actions ont vu le jour contre la campagne du ministère, comme cette affiche détournée dont on a pas retrouvé l’auteur, et qui s’est propagée sur les réseaux sociaux. Elle a notamment été reprise par le magazine Famille Chrétienne.

Des affiches retirées, le gouvernement monte au créneau

Au début de la semaine, plusieurs maires ont annoncé leur décision de retirer les affiches de la campagne, après avoir reçu des plaintes de la part des habitants. Les Associations Familiales Catholiques (AFC) ont également interpellé les municipalités dans ce sens. Au total, les images ont été retirées dans une dizaine de ville. Lundi, le maire LR d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et soutien de François Fillon, Bruno Beschizza, a pris un arrêté stipulant que les affiches « devront être retirées ou masquées ». En parallèle à Angers, le maire LR Christophe Béchu, qui supporte Alain Juppé, a réservé ce retrait aux abords des écoles et sur le trajet des bus scolaires.

Face à ce qu’elle juge un acte de « censure », la ministre de la santé Marisol Touraine a réagi dès mardi en saisissant la justice administrative contre les élus.

Les deux candidats au second tour de la primaire à droite, François Fillon et Alain Juppé, ne se sont toujours pas exprimés sur la polémique.

« Révélation », la campagne percutante d’AIDES

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L’association AIDES a révélé hier sa propre campagne préventive, dans un contexte tendu que le président Aurélien Beaucamp n’avait pas anticipé. « Ça fait des mois qu’on l’avait prévue, raconte-t-il, on ne pouvait pas savoir ce qui allait se passer avec celle du gouvernement ». Intitulée « Révélation », la campagne se compose de quatre photographies en noir et blanc signées Mathieu César, mettant en scène des couples dans des positions artistiques ou sportives. Le message : « Les séropositifs ont beaucoup de choses à nous transmettre. Mais pas le virus du sida ». « On a axé cette campagne sur la lutte contre la discrimination envers les séropositifs », explique M. Beaucamp. « On a voulu mettre en lumière une réalité méconnue du grand public, et qu’on connaît pourtant depuis huit ans : un séropositif sous traitement ne peut pas transmettre le VIH ».

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Après examen, l’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPP) a interdit la diffusion de ces photos dans l’espace public, une décision que le président d’AIDES comprend : « On reconnaît qu’elles sont suggestives, et on est pas dans la surenchère. On ne veut pas choquer pour choquer. Nous avons toujours eu des campagnes percutantes, c’est une stratégie de communication ». Quant à savoir si cette « révélation » sur la contamination par un séropositif sous traitement  ne va pas entraîner un usage assoupli du préservatif, Aurélien Beaucamp n’y croit pas : « Aucune étude ne montre à ce jour une tendance d’abandon de la protection chez les séropositifs lors d’un rapport ».

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Interrogé sur les premières réactions à la campagne après sa diffusion sur internet, M.Beaucamp nous a indiqué avoir reçu des « retours positifs sur la qualité des photos et du message ». « Je n’ai pas peur qu’il y ait des critiques », soutient-il. « Et s’il y en a, au moins on parlera de nous ».

Visuels : ©Gouvernement ©AIDS

 

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