« Réparer les vivants », chef d’oeuvre chirurgical

13 avril 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 1 commentaire

Rare. Rare comme une opération à cœur ouvert. Rare comme la mort d’un môme de 19 ans. Rare comme il est si rare de voir un spectacle parfait. Sylvain Maurice réunit un casting de rêve pour signer son adaptation du chef d’oeuvre de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants.

Note de la rédaction :

Syvain Maurice ( Directeur du Théâtre de Sartrouville et des Yvelines-CDN)  à la mise en scène, Vincent Dissez (adoré en diva chez Tompkins) au jeu, Joachim Latarjet (Decouflé) à la musique, et le génie d’Eric Soyer (Pommerat) aux lumières.  C’est ce qui s’appelle avoir de la gueule.  La scénographie, pensée par Sylvain Maurice et Nicolas Laurent est un cadre noir dont le haut est une scène remplie d’instruments : clavier, guitare, trombone… au centre allons-y… au cœur… il y a un tapis de course. Et partout, de la lumière devenue ici costume et sculpture.

Réparer les vivants nous raconte la mort de Simon. Une mort stupide. Lui et ses potes sont partis surfer une nuit, ils sont rentrés trop vite. Accident de camionnette. Simon est en état de mort cérébrale.  Selon la dernière définition de la mort en vigueur, c’est par essence ce qui la caractérise. « C’est l’abolition des fonctions cérébrales qui l’atteste » . Le cerveau prime sur le cœur pour déclarer qu’un mort est mort. Élégant. Si on ne peut plus penser, on crève, c’est scientifique…

Alors Vincent Dissez, baskets aux pieds va devenir le point de vu de tout le monde. Il va être le mort, la mère, le père,  l’anesthésiste,  le professeur Arfan, le jeune interne, la future greffée… Il va être tout le monde sans jamais jouer quelqu’un d’autre que lui. Il se transforme avec rien. Une larme qui monte, c’est Marianne, la mère, un regard furieux, c’est Sean, le père…. autour de lui, la lumière fait décor dans ce bloc non opératoire. Quelques volutes, c’est un Karaoké dont Joachim Latarjet assure à la guitare la reprise d’un tube de Bonnie Tyler,  un halo sombre c’est la nouvelle qui tombe. Les lumières de Soyer traduisent la chaleur la froideur, elles sont actrices, elles transforment le visage, l’allure et la forme du corps du comédien.

Seul, Dissez balance ce texte écrit avec la précision d’un chirurgien pour nous attraper et nous scotcher à l’hôpital du Havre. Dissez est un génie de l’interprétation, Tout est question de rythme. Trop vite, ou trop lent, cela ne marcherait pas. Il tomberait involontairement du tapis de course. Comme un cœur, il s’arrêterait, il s’emballerait, il mourrait.

Réparer les vivants vient nous rappeler que la mort fait partie de la vie et qu’il ne faut jamais perdre de vue l’ordre des choses :

1- Enterrer les morts

2-Réparer les vivants

Et les vivants, ici, tous greffés au corps du comédiens sont tristes, drôles. Ils sont humains, tellement humains. On rit souvent, comme dans la vraie vie après un deuil, de voir de l’absurde nous sortir de la torpeur et de la peine.  Réparer les Vivants fait cela, il nous sort de la peine, car chacun compte ses morts, toujours, tout le temps. C’est la vie.

Visuel :©Elisabeth Carecchio

Date supplémentaire le samedi 16 avril à 16h.


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