Théâtre
Au Monde, le huis clos familial de Joël Pommerat de retour à Paris

Au Monde, le huis clos familial de Joël Pommerat de retour à Paris

23 septembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Créée en 2004, Au Monde de Joël Pommerat a fait figure de tonnerre dans le paysage théâtral. Jamais une esthétique quasi perverse de la médiocrité avait été mise en œuvre. Aujourd’hui le théâtre de l’Odéon permet de revoir ce spectacle.

Nous sommes en famille, loin du Monde, protégés du bruit par le beau jardin, la maison est immense pleine de chambres et de bureaux. Cela on le sait intimement mais rien n’est dit. L’espace scénique est faussement vide, sculpté par la lumière d’Eric Soyer et le déplacement des personnages utilisés comme des pions.

À la tête de cette famille il y a un vieux père surpuissant (Roland Monod) , il dirige des millions de gens. Il y a Ori (Lionel Codino) l’ex militaire qui rend l’uniforme de façon trouble, il y la fille adoptée (Saadia Bentaïeb), la femme enceinte qui ignore son ventre (Agnès Berthon), son mari peu aimable (David Sighicelli) une animatrice de télé people (Marie Piemontaise) et une inconnue chanteuse en play-back à ses heures perdues (Ruth Olaizola). Tous redoutent la mort imminente du père faisant ici figure de parrain.

Nous sommes chez Chabrol qui aurait été saupoudré d’une dose légère de kitsch. Car Pommerat sait et savait déjà en 2004 comment faire dialoguer la télé et la scène. Ici, la télé n’est que son, que l’on éteint et allume d’un geste large du bras. Contrairement aux Marchands, l’objet disparaît.

La dramaturgie d’Au Monde est un cour du genre, rarement il a été possible d’aller vers tant d’aplat dans le jeu, ces aplats devenant volumes par la force seule de la scénographe. Mais le temps a effacé la violence et la célérité d’exécution. Les passages de relais peinent, le noir n’est pas si noir, et rapidement, le texte souffre de poncifs sur le capitalisme trop caricaturaux pour faire rire.

Au Monde est à voir avec le regard bienveillant du passé, pour le génie des lignes,  mais au delà de la forme, splendide, il  a perdu cruellement en actualité.

Visuel : Au Monde – Angelo Dello Spedale, Roland Monod, David Sighicelli (c) Elisabeth Carecchio.

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