« Inception » rencontre des clowns sous acide: 26000 couverts récidive

6 juin 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

La Compagnie 26000 couverts, compagnie de théâtre de rue mais pas que, à qui on devait déjà le cultissime Idéal Club, revient en ce début d’année avec un spectacle au nom improbable: A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant. Cette bombe de bonne humeur délirante, qui s’amuse tellement des mises en abyme et du principe des poupées gigognes qu’elle en donne le tournis, peut se savourer à la Grande Halle de la Villette jusqu’au 9 juin.

Note de la rédaction :

Si les 26000 couverts étaient un met, ce serait une glace aux brocolis avec un coulis de camembert pistaché. Si les 26000 couverts étaient une couleur, ce serait la note do, criée par un banc de sardines en rut. Si les 26000 couverts étaient un voyage, ce serait une caravane de chameaux partie pour le pôle Nord de Mars. Si les 26000 couverts s’obstinaient à produire encore un spectacle pour nous faire rire, ils l’appelleraient sans doute A bien y réfléchir, et puisque vous soulevez la question, il faudra quand même trouver un titre un peu plus percutant. Les 26000 couverts, ils ne sont pas sérieux… tant mieux?

A bien y réfléchir… est donc un spectacle qui se joue du spectacle, une pièce de théâtre (mais en est-ce bien une?) qui se moque du théâtre, qu’il soit de salle ou de rue, qui prend une maligne distance avec ceux qui le font, avec ceux qui le regardent, avec les conditions dans lesquelles il est produit… A bien y réfléchir… joue avec tout cela (et avec autre chose), et dynamite au passage la structure narrative (et avec nos nerfs), pousse à son extrême cette vieille idée du théâtre dans le théâtre (jusqu’à la faire méchamment craquer), catapulte le quatrième mur sur Pluton, dynamite l’espace scénique, réveille les spectateurs (et tue les comédiens un à un), invoque les esprits des morts… Parce que oui, le point de départ est une sortie de résidence d’une compagnie de théâtre de rue (tiens donc?) qui présente l’ébauche de son prochain spectacle, sur le thème de la mort. Ce thème sera tout de même plus ou moins tenu tout du long, et formera d’ailleurs le seul contrepoint « sérieux » (jusqu’à un suicide en scène des plus impressionnants!) à un cocktail d’idées délirantes qui fusent tellement qu’on a parfois du mal à absorber tout ce qu’il se passe.

Quel bilan faire de tout cela? C’est drôle, extrêmement drôle, l’écriture est terriblement inspirée, les clins d’oeil et les situations farfelues s’enchaînent à un rythme vertigineux, avec des comédiens qui se délectent et lâchent totalement prise. Le talent clownesque de la troupe est bluffant. Les mises en abyme et les rebondissements sont tellement nombreux qu’on finit par perdre le fil, et, de dubitatif à la trentième minute, on en vient à complètement abdiquer tout sens critique pour jouir plus pleinement des déferlements continus de gags plus absurdes les uns que les autres.

Certes, cela part dans tous les sens. Certes, cela n’a ni queue ni tête, et on serait bien en mal de trouver une histoire cohérente dans tout cela. Certes, c’est parfois un peu cousu de fil blanc, et le concept du faux work-in-progress est un peu galvaudé. Mais il y a des moments de bidonnage absolu (le spectacle « à la Royale Deluxe », la chanson de Madame Risson et de Monsieur Pinpin…), ça fourmille de bonnes idées, les comédiens-musiciens sont talentueux, on en profite pour rire un peu de la mort (« Au reste, est-ce qu’elle se gêne, elle, la mort, pour se rire de nous ? », comme disait l’autre…) et pour jouer au Cluedo (qui est le metteur en scène, et où se trouve-t-il???).

Bref, une grande tranche de bonne humeur, servie avec l’engagement le plus total à créer le plus de confusion possible, le tout au service du plaisir de rire ensemble. Un spectacle sur la vie, la mort, le théâtre et ceux qui le traversent, la création même peut-être? Comme quoi, quitte à se moquer de la mort, autant le faire avec en vie…. beaucoup de vie!

A voir à La Villette à Paris jusqu’au 9 juin, puis à Labroquère (31) du 1er au 2 juillet, à Dijon (21) du 27 septembre au 8 octobre, à Lons-le-Saunier (39) du 11 au 14 octobre.

Mise en scène : Philippe Nicolle assisté de Sarah Douhaire
Ecriture collective sous la direction de Philippe Nicolle avec l’extraordinaire collaboration de Gabor Rassov
Interprétation : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Aymeric Descharrières, Servane Deschamps, Pierre
Dumur, Olivier Dureuil, Anne-Gaëlle Jourdain, Erwan Laurent, Michel Mugnier, Florence Nicolle, Philippe
Nicolle, Laurence Rossignol
Création musicale : Aymeric Descharrières, Erwan Laurent
Technique : Hervé Dilé, Michel Mugnier, Laurence Rossignol
Construction : Michel Mugnier
Création costumes : Laurence Rossignol avec Camille Perreau et Sigolène Petey
Création lumières : Hervé Dilé
Postiches : Céline Mougel
Coordination compagnie : Lise Le Joncour
Administration : Marie-Violaine Masson assistée de Catherine Euvrard
Diffusion/Production : Claire Lacroix
Visuels: (C) Christophe Raynaud de Lage


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