[Festival d'Avignon] Les âmes mortes flamboyantes de Kirill Serebrennikov

21 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Si Kirill Serebrennikov, metteur en scène et directeur du Centre Gogol à Moscou avait raté ses Idiots en 2015,  sa traduction en théâtre et en deux heures trente du roman-fleuve de Nikolaï Gogol, Les Âmes mortes, est une totale réussite.

Note de la rédaction :

Kirill Serebrennikov a eu l’idée d’enfermer ses comédiens, tous masculins dans une boîte. Car ici, aucune issue n’est possible. La Russie de Gogol était corrompue et celle de Poutine l’est encore plus. La pièce tourne autour de Pavel Ivanovitch qui cherche à acheter des âmes mortes. L’affaire est réelle mais l’histoire est fictionnelle. Gustave Aucouturier l’écrit dans l’introduction du roman : « Dans l’Empire russe, le mot « âme » désignait les serfs mâles. C’est le nombre d’âmes qui déterminait la valeur d’une propriété ainsi que l’impôt foncier dont le propriétaire était redevable. Comme les recensements n’étaient effectués que tous les cinq ans, les serfs morts « vivaient » parfois des années dans les registres de l’État ; et les propriétaires payaient un impôt sur ces âmes mortes. Cette absurdité du système avait donné à des escrocs l’idée d’une arnaque au crédit foncier. Ils achetaient d’abord des âmes mortes à prix minime (ce qui arrangeait bien les propriétaires, désormais dispensés d’impôt). Ils les plaçaient ensuite, fictivement évidemment, sur un terrain acheté à bon compte. Finalement, ils hypothéquaient le tout auprès du crédit foncier, pour la valeur d’une propriété florissante »

Les comédiens sont tous incroyables pris dans le rythme fou d’incessants changements de personnages qu’ils campent tous dans ce spectacle construit comme un cabaret qui fait la part belle aux chansons et à la musique. On se croirait chez Lilli Marleen à qui on offrirait comme nouveau titre le très actuel « Russie, que veux-tu de moi ? » qui pourrait devenir un tube !

On se travestit ici, on devient chien, on court et on est même parfois mort. La pièce est bien évidemment une satire de la société Russe. La corruption se conjugue au pluriel. Les âmes changent de prix et de fonction. Elles peuvent être gratuites ou très chères, tout est question de négociation.

La scénographie est ici parfaite tant elle tourbillonne avec peu de moyens. Pas de  vidéo ni de tournettes mécaniques. Tout vient du corps ici et les comédiens ne sont pas ménagés par leur metteur en scène qui les dirige à merveille. On est plongés dans un burlesque sombre, cynique, cela est renforcé par la lumière, crépusculaire de Igor Kapustin.

Encore une fois,  cette pièce s’intègre parfaitement dans la cohérence de la programmation du Festival faisant un écho que l’on peut qualifier de clownesque à l’épure de Lupa. Dans les deux spectacles, l’histoire d’un individu symbolise tout un peuple et toutes les gangrènes d’une nation. Écrite au XIXe siècle, le roman de Gogol, ici épuré, pointe une maladie dont la Russie n’est pas guérie plus d’un siècle après.

Un grand spectacle.


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