[Critique] Wajdi Mouawad s’attaque à la légende d’Ajax dans un cabaret très inégal

28 mai 2016 Par Araso | 0 commentaires

Le nouveau directeur du théâtre de la Colline, metteur en scène, dramaturge, interprète génial dont on a adoré voir, toujours à Chaillot, les poignants «Seuls», «Incendies», «Temps», «Soeurs», s’attaque cette fois à un monument du théâtre classique: Sophocle. Reprenant «Le Dernier Jour de Sa Vie (Trois Pièces d’après Sophocle)», marathon créé à Mons en 2015, le théâtre de Chaillot fait découvrir la trilogie au public parisien entre fin mai et début juin. Le premier opus, «Ajax Cabaret», a été présenté seul le 26 et le 27 mai et sera repris ce soir dans le cadre du spectacle en entier, avec «Inflammation du verbe vivre» et «Les larmes d’Oedipe». Celui qui crée à merveille des tragédies modernes offre avec Ajax une version très inégale de la légende grecque, entre mise en scène ampoulée et incursion burlesque de la modernité.

Note de la rédaction :

Entre les (grosses) mailles du filet, la réflexion sur l’humiliation, la colère, l’identité -thèmes chers à Wajdi Mouawad, parvient tout de même à filtrer. Le décor est assez laid, composé en toile de fond d’un enchevêtrement maladroit de voiles comme sur un bateau, ou comme dans un souk. Au milieu une porte dont sortira une quantité insoupçonnée -et assez injustifiée d’ailleurs de comédiens. Une voix off, celle de Wajdi, commence dans le noir un prologue sur la colère et la relation au père. Pas de doute: on est chez Mouawad. Puis son visage projeté en video qui aboie, les babines écumant de rage, fait bientôt place à un Ajax nu, enchaîné et hyper testostéroné, hurlant lui aussi.

Pour animer ce cabaret, des objets connectés sur pilotis jouent le rôle de modérateurs, un peu comme les censeurs vus à la dernière cérémonie des Molière sur giropodes, sauf qu’eux ne tournent pas. Avec leur design vintage et leur accent québécois, le téléviseur et le poste de radio seront bientôt rejoints par un smartphone, un journal papier libanais à l’accent impayable et un ordinateur qui joue les trouble-fête. Tous ont la parole, tous on la voix de Wajdi qui joue habilement de ses talents d’interprètes et de ses multiples facettes culturelles.

Le tout est une alternance de «numéros» entrecoupés de sketches des animateurs. Se succèdent sur le plateau Ajax hystérisé, Dark Vador, un groupe de rock live, Péribée éplorée et Jean-Michel qui raconte son histoire entre Paris et l’Algérie. Les réflexions les plus profondes accouchent des plus grosses ficelles, les références et les discours se mélangent, les conflits et les combats se confondent pour ne plus former qu’une entité difforme plutôt indigeste.

Ajax, après avoir perdu les armes d’Achille, ivre de colère, égorge un troupeau de boeufs et de vaches en lieu et place de Ménélas et Agamemnon. Déchu, il fait une tentative de suicide avortée (grâce à l’intervention de Dark Vador), est littéralement karchérisé puis tout aussi littéralement blanchi à l’aide d’une épaisse couche de laque. Si le propos est noble et trouve une résonance forte dans la médiation des conflits, autre thème cher à notre auteur, le tout est d’une lourdeur que les blagues potaches de l’équipe d’animation ne parviennent pas à faire oublier.

Visuel © Pascal Gély

Le Dernier Jour de sa vie (trois pièces d’après Sophocle): 28 MAI 2016, 17h
- Ajax cabaret 1h30, pause 55 min.

- Inflammation du verbe vivre 2h20, pause 40 min.

Les Larmes d’Œdipe 1h35

Et aussi
• Ajax cabaret 26 et 27 mai 2016

• Inflammation du verbe vivre 31 mai et 1er juin 2016

• Les Larmes d’Œdipe 2 et 3 juin 2016


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