Orphée aux Enfers à l’Opéra de Nancy

7 janvier 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Si certains avaient choisi Strauss pour la passation entre les ans, Offenbach n’était pas en reste, autre compositeur festif s’il en est. Tandis que Lyon terminait de donner son Roi Carotte (à présent en ligne sur Culturebox) et que Limoges préparait sa Princesse de Trébizonde, c’est sur son célèbre Orphée aux Enfers que le choix de l’Opéra national de Lorraine à Nancy s’est arrêté, dans une mise en scène de Ted Huffman. Cet opéra bouffon marque par ailleurs le début d’un cycle Orphée qui se poursuivra par l’Orfeo de Rossi puis par Orphée et Eurydice de Gluck (voir sur le site).

Note de la rédaction :

Nous retrouvons avec plaisir les tribulations d’Orphée et Eurydice qui, descendus du nuage de la mythologie de même que les dieux présents ici, sont emprunts d’humanisme avec tout ce que cela implique de défauts mais drôles et amusants sous les plumes de Crémieux et Halévy.

Fort nombreux sont ceux qui connaissent le mythe originel : Eurydice meurt, mordue par un serpent avant d’avoir pu profiter des joies de l’hyménée. Orphée, dont le chant faisait même, disait-on, pleurer les rochers, parvient à obtenir le droit de descendre aux enfers et d’en remonter avec sa bien-aimée. Seule condition pour cela : il ne doit pas le regarder avant d’avoir gagner la sortie. Bien sûr, il se retourne avant et perd sa femme pour la seconde fois, mais à jamais.

Grande tragédie ayant inspirée bien des oeuvres, elle devient d’une grande drôlerie chez Offenbach qui nous montre un Orphée sous les traits d’un violoniste que sa femme ne supporte plus : « Le violoniste me paraît triste, l’instrumentiste est assommant et l’instrument me déplaît souverainement ». D’ailleurs, lorsqu’Orphée souhaite se venger, c’est à coups de concerto! Toutefois, s’il ne supporte pas les propos de sa femme, c’est qu’il ne la supporte plus tout court. Il faudra que l’Opinion Publique le force pour qu’il parte à la recherche de son épouse dont la mort le réjouit et l’arrange. Les portraits des dieux sont aussi flatteurs que ceux des humains : gras, passant leurs journées à dormir et la libido aux aguets pour beaucoup (quand il ne s’agit pas de la jalousie exacerbée de Junon).

La mise en scène de Ted Huffman situe l’oeuvre dans un palace. Ici, on peut descendre aux enfers ou monter à l’Olympe grâce à l’ascenseur du fond, ce qui est assez ingénieux et rejoint parfaitement l’esprit de l’opéra bouffon. Le décor, lui, ne change pas d’un lieu à un autre mais l’ameublement permet de marquer le monde terrestre avec ses sièges et ses tables basses, rappelant un hall d’accueille luxueux, l’Olympe avec sa grande table et les Enfers avec son bar imposant. Côté costume, les dieux son ici des bonhommes Michelin dorés, ce qui est certes amusant lors du levé de rideau mais paraît aussi parfois trop grossier, surtout face aux costumes d’animaux peuplant les Enfers. Rien qui ne soit un outrage à l’oeuvre : nous sommes chez Offenbach! Toutefois, les artistes ont su s’approprier ses graisses supplémentaires pour nous faire rire à diverses occasions.

Les dieux de l’Olympe parviennent à se démarquer les uns les autres et l’ont voit au sommet de ce mont divin certains des jeunes talents de la scène lyrique française : Marie Kalinine en Vénus, Anaïs Constans en Diane, Marc Mauillon en Mercure, ou encore Jennifer Courcier en Cupidon.

Sébastien Droy est un bel un Orphée à la très bonne diction et au ton juste, mais on ne serait pas contre davantage de projection. C’est d’ailleurs une remarque que l’on pourrait faire de façon assez générale, exception faite de Matthias Vidal qui campe un Aristée/Pluton absolument admirable. Alexandra Hewson offre une Eurydice tout à fait charmante au suraigu notable et Doris Lamprecht une Opinion Publique investie de son rôle bien que, une fois encore, la voix ne se fasse pas assez entendre. Etait-ce dû au lendemain du 31 décembre ou bien à autre chose? Il faut effectivement du courage pour tenir de tels rôles avec autant de dynamisme un 1er janvier!

Dernier personnage important, celui de Jupiter tenu par Franck Leguérinel, déjà sur les planches le premier jour de 2015 pour la Dernière de La Chauve-Souris de Strauss. A n’en pas douter, ce genre d’opérette ou d’opéra-bouffe lui convient à ravir : il amène un comique dont peu d’artistes lyriques peuvent probablement se targuer. Sa prononciation est très bonne, tant dans le chanter que dans le parler, et son jeu d’acteur nous donne envie de le suivre en riant, ou qu’il aille.

Le Choeur de l’Opéra national de Lorraine est ici remarquable par sa justesse, sa prononciation et une homogénéité qui en fait un véritable ensemble. L’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy dirigé par Laurent Campellone est un plaisir à écouter.

Quelle joie donc que cet Orphée aux Enfers qui s’est clôt par son si célébrissime galop final repris pas moins de deux fois en bis, entrecoupé par les applaudissements d’un public conquis et ravi ainsi que par un « bon année » lancé par les artistes sur scène. Une excellente manière de débuter 2016!

Visuel : (c) DR


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