Un Mozart bon vivant au cœur des Landes

28 juillet 2018 Par
Gilles Charlassier
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Depuis près de vingt ans, Olivier Tousis fait vivre le genre lyrique au cœur des Landes, à Soustons, et propose pour la dix-septième édition de son festival une lecture sans perruque, pleine de vie et de drôlerie des Noces de Figaro de Mozart.

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L’opéra n’est pas un genre réservé à une élite urbaine, et Olivier Tousis entend bien le montrer au cœur de ses Landes natales. Point de militantisme pour autant de la part de ce baryton qui a traîné sa voix dans nombre de théâtres lyriques hexagonaux, mais plutôt une conjonction d’opportunités et un goût certain pour l’aventure conviviale. Car l’Opéra des Landes qu’il dirige ne doit pas compter sur de gros moyens financiers. C’est d’ailleurs la seule compagnie, avec, à l’autre extrémité, l’Opéra de Paris, à tirer près de la moitié de ses ressources de la billetterie. Cela n’empêche pas Olivier Tousis de participer à l’irrigation culturelle d’un territoire plus connu pour ses espaces naturels, même si les partenariats, en particulier avec l’Education Nationale, ne sont pas toujours simples à mettre en œuvre.

Le réalisme économique n’interdit pas pour autant un authentique travail artistique, et les Noces de Figaro qu’il met en scène à Soustons, à l’Espace culturel Roger Hanin, en face des Arènes, ne le contredira pas. Tirant parti des contraintes d’une salle d’un peu plus de quatre cent places qui dispose de coulisses assez rudimentaires, il a imaginé, avec Kristof T’Siolle, un décor modulable et contemporain, aux couleurs sans pudeur esthétique aucune : un canapé en cuir rouge pour les valets, en blanc chic chez la comtesse, portes, placards et fenêtres aux usages réversibles selon les situations et les changements à vue, un tapis bleu en guise de piscine aux pieds des spectateurs et un gazon synthétique pour le jardin en seconde partie de soirée. Non content de révéler les contrastes sociaux, les costumes dessinés par Sohuta campent certains personnages de manière impayable, à l’exemple de la Marceline liftée de Laetitia Montico et sa respectabilité un rien pincée qui forme la paire avec le Bartolo en veste de maquereau de Matthieu Toulouse. Basilio en perfecto et banane de rocker, Pierre-Emmanuel Roubet n’est pas en reste.

Remplaçant Antoin Herrera Lopez Kessel initialement prévu, le solide Marc Souchet résume la gouaille de Figaro aux côtés de la Suzanne de Manon Lamaison, d’une fraîcheur sympathique autant qu’avisée. Comédienne investie, Khatounia Gadelia affirme le port noble de la Comtesse, non dénué d’accents dramatiques, face à Pierre-Yves Binard, aristocrate époux au matériau encore juvénile. Adolescent à casquette à l’envers, Cherubin revient à Maela Vergnes, qui se glisse dans l’actualisation du stéréotype du rôle. Le babil ingénu de Barbarina incombe à Anaïs de Faria, et Olivier Tousis endosse la défroque débonnaire et comique d’Antonio, le jardinier. Avec une réduction à une dizaine de pupitres, sur le côté de la scène pour ne pas faire écran aux chanteurs, Jean-Marc Andrieu impulse une vitalité sage et savoureuse à la partition de Mozart, en complicité avec le clavecin du continuo assuré par Denis Radou. Mentionnons encore les chœurs préparés par Frédéric Herviant, qui prend en charge le surtitrage, ainsi que les lumières réglées par Frédéric Warmulla, qui témoignent d’une conviviale transversalité des compétences. Un spectacle modeste mais nullement déméritant : la légitimité artistique ne se résume à des séries de zéros.

Les Noces de Figaro, mise en scène : Olivier Tousis, Opéra des Landes, juillet 2018

Visuel : ©Opéra des Landes