[Festival d’Automne] « Trois grandes fugues », Lucinda Childs, Anne Teresa de Keersmaeker et Maguy Marin dans leurs styles

1 décembre 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

C’est à un délicieux exercice de style que le Festival d’Automne nous convie en programmant, en compagnie du Théâtre de la Ville et de la MAC, Trois grandes fugues. L’exercice est simple : confronter trois visions chorégraphiques de Die Grosse Fuge op.133 de Ludwig van Beethoven 

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Quel est le point commun entre ces trois femmes ? Elles ont toutes les trois un style extrêmement reconnaissable. Les lignes de Lucinda Childs, les courbes suspendues de Anne Teresa de Keersmaeker et l’humour de Maguy Marin sont des traits très identitaires de chacune. Dans le cadre du portrait que lui consacre Le Festival d’Automne, Lucinda Childs a créé une pièce. Les deux autres avaient déjà chorégraphié cette partition hors norme : vingt minutes à un rythme fou où Beethoven est allé au bout de l’expérience en proposant des chevauchements, des inversions et des croisements. A danser cela tient de la folie. Et, c’est peut-être là qu’il fallait aller, vers la folie.

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Ce choix, Anne Teresa de Keersamaeker et Maguy Marin l’on fait tandis que Lucinda Childs s »est concentrée sur son très beau travail graphique que l’on a connu plus puissant (Dance, Available light). Elle propose une partition pour les quatorze danseurs du Ballet de Lyon à la forme très académique. Pas de deux, piqués et jetés sont à la fête pour une leçon de forme élégante mais qui jamais ne se confronte à ce que ce morceau représente. Beethoven est à la fin de sa vie et au moment où la pièce est présentée, elle apparaît si ardue qu’elle tombe dans les oubliettes. Cette urgence et cette difficulté, De Keersmaeker et Marin l’ont exactement saisi.  Pour la Belge, les projecteurs tombent et montent en douche comme dans un mouvement de musique classique. Deux étendues de bois sont entrecoupées du plateau nu. Et à vue, les enceintes et les projecteurs forment deux murs à cour et jardin. Elle propose quasiment, pour commencer un seul en scène où une danseuse se jette, tombe et se relève dans un geste toujours en suspension. Puis elle sera rejointe par sept autres danseurs qui tous vont dans une proposition très théâtrale incarner la fugue au sens de « fuite ». Il y a une urgence ici qui les pousse à se débrailler, eux qui sont arrivés en costumes d’hommes.81

Mais celle qui est allée le plus loin est Maguy Marin. Elle s’est amusée à traduire le quatuor par un carré de danseuses. Chez Marin, la corde est un fil prêt à rompre. C’est une leçon d’hystérie qu’elle propose. Julie Carnicer, Coralie Levieux, Graziella Lorriaux et Amandine Roque de la Cruz sont en totale dissonance. Grandes, petites… mais leurs tenues, là encore toutes différentes sont unies par le rouge. Le plat des pieds tape, le pas se fait contraint, pris comme dans un enfermement. La danse est contemporaine. Là où Lucinda Childs privilégiait les lignes des bras tendues en diagonale et les jambes en presque grand écart, Maguy Marin plie les genoux et lâche les cheveux.

L’ensemble forme un programme intellectuellement riche, qui couvre la pluralité de la beauté.

Visuels  : ©
Lucinda Childs / Maguy Marin / Anne Teresa De Keersmaeker – Trois Grandes Fugues © Michel Cavalca

Lucinda Childs / Trois Grandes Fugues © Stofleth (2016)

Maguy Marin / Trois Grandes Fugues © Stofleth (2016)


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