Danse

Lucinda Childs, trois solos dansés par Ruth Childs: fondation d’une grammaire post-moderne de la danse

Lucinda Childs, trois solos dansés par Ruth Childs: fondation d’une grammaire post-moderne de la danse

05 novembre 2015 | PAR Araso

Tandis que se donne au Théâtre de la Ville Available Light jusqu’au 7 Novembre, La Fondation Louis Vuitton a programmé hier soir une performance unique de 3 solos de Lucinda Childs, dansés par Ruth Childs, la nièce de l’icône de la danse. Une reprise de Pastime (1963), du célèbre Carnation (1964) et de Museum Piece (1965) toute en minimalisme et profondeur. La performance a été suivi d’une conversation avec Lucinda et Ruth Childs animée par Corinne Rondeau.

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Minimalisme et humour de rigueur

Le muscle se contracte, pulse, se relâche, se suspend, vibre à nouveau. Le geste est précis, millimétré, lent et intense. Dans Pastime, Ruth Childs en justaucorps grenat sur fond blanc et sous une lumière crue reprend à son compte le premier solo. Carnation, pilier central de la performance, traite de la relation à l’objet. Il suffit d’imaginer l’effet qu’a pu provoquer en 1964 une femme seule en scène, assise droite à une table, se livre à un jeu de construction à base de panier d’essorage, éponges et bigoudis de mousse, qu’elle finit par avaler et recracher. Et pourtant, l’objet est traité en tant que forme que l’on manipule, indépendamment du sens que la société veut bien lui donner, sortant de toute convention et de tout cadre : Lucinda Childs est à la pointe de l’avant-garde. Museum Piece, inspiré de l’œuvre pointilliste de Georges Seurat, Le Cirque, révèle une autre facette de cette figure de la danse post-moderne: l’humour. Solo tout en diagonales et au rétroviseur, il y est question de la recherche du mouvement guidé par une volonté extérieure à celui qui l’exécute, symbolisée par le miroir.

Conversation en famille

Retour sur les années soixante, une période que Lucinda Childs qualifiera de « très exceptionnelle » au micro de Corinne Rondeau, qui l’interroge sur le fantasme provoqué par cette époque particulière. « En tant qu’étudiante du studio Cunningham, j’ai eu l’occasion de rencontrer Yvonne Rainer et Steve Paxton. Il a trouvé cette église dans laquelle on a travaillé ensemble comme une espèce de laboratoire, pour un public d’artistes visuels, de poètes, de musiciens, tout le monde ensemble ». En ce qui concerne l’élaboration des solos, il y a 50 ans, Lucinda poursuit : « J’ai voulu trouver une façon de bouger en dehors des concepts traditionnels de la danse et du vocabulaire de la danse, et de voir tout simplement ce que ça peut donner. C’est comme ça que j’ai construit les solos avec les objets, avec le texte, avec ces idées. C’est un travail qui a duré 6 ans. »

Un travail analytique, qui demande une très grande rigueur et une immense concentration des danseurs. Un héritage transmis à une nouvelle génération de spectateurs, de danseurs, incarnée par Ruth Childs, qui a travaillé avec Lucinda notamment dans le cadre du Ballet Junior de Genève, qui s’inscrit dans une passation entamée l’an passé avec Dance au Théâtre de la Ville et se poursuit cette année avec Available Light. « La première fois que j’ai vu Carnation » confie Ruth, « j’étais en Angleterre dans le salon de mes grands-parents. On a vu ça sur la BBC. J’avais 9 ou 10 ans. Tout le monde trouvait ça un peu étrange, j’étais toujours dans ma période casse-noisette, on a bien ri et en même temps j’en suis restée très imprégnée. C’est pour cela que j’avais à cœur de le reprendre : c’est à la fois intime et c’est la base du travail de Lucinda ».

Une soirée placée sous le signe des retrouvailles, sous les voûtes et les arcades de la Fondation Louis Vuitton, conçues par Frank Gehry, que Lucinda connaît bien et avec qui elle a collaboré pour Available Light. De la forme expérimentale, la danse passe au cadre institutionnel. Lucinda Childs, elle, reste la même : le verbe vif, drôle, pointu, la silhouette élancée, le port altier, éternelle déesse.

Visuels © Gregory Batardon © Araso

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