Dbddbb, Daniel Linehan emboîte le pas

14 janvier 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le plus belge des danseurs américains, aujourd’hui âgé de 34 ans est à Paris pour quelques jours, à Beaubourg. Daniel Linehan propose avec Dbddbb une réflexion sur le rythme aussi fascinante qu’ardue. Un spectacle éprouvant qui demande de l’exigence et un lâcher prise du spectateur. Alors, marchons !

Note de la rédaction :

Linehan a été formé à P.A.R.T.S, l’école d’Anne Teresa de Keersmaeker et cela transpire par toutes ses obsessions. Nous le découvrions lors d’un Nouveau Festival dans ce même lieu, en 2013, il tournait en rond de façon spectaculaire pour Not About Everything et depuis, le garçon s’est offert un Sacre à l’Opéra de Lille puis au festival de danse June Events. Son travail consiste à explorer les répétions et les limites. Il aime suspendre un geste, s’intéresse peu au « joli ». Faire parler la danse, penser que le corps est un langage cela est une des préoccupations qui taraudent la pratique aujourd’hui :  on pense, et pardon de la citer deux fois dans un même paragraphe au travail de Keersmaeker sur Rilke. Mais pour revenir sur le plateau de Beaubourg où pendent des tiges ponctuées de baskets, il faut marcher.

Danser c’est marcher. Mettre un pas devant l’autre, ou derrière l’autre, et parfois redevenir quadrupède. Mais l’acte est là, il s’agit d’avancer. Tout est ensuite question de rythme. Et ici, la voix, et les phonèmes qui en sortent viennent dicter au corps ses mouvements. Le travail sur la parole est ici assez dantesque. Les cinq danseurs parlent ou plutôt « scatent ». Ici, le son est jazz, circulaire, obsédant et il évoluera jusqu’à la techno en passant par le religieux. Nous ne sommes pas face à une chorale ici mais plutôt dans un mouvement perpétuel. Les pas sont de l’ordre du pendule. Ils balancent, la voix étant toujours le premier geste annoncé.

L’ensemble est parfois douloureux car on fait la bêtise, pauvres humains, de tenter d’entendre du sens dans ces sons, et nous nous retrouvons tel un étranger dans un pays qui n’en parle pas encore la langue. Linehan impose l’idée, certes pas neuve (merci Lacan), mais ici très bien réalisée que le signifiant et le signifié sont deux entités qui séparées dialoguent. L’intonation et l’image créent ici le sens. Il y a de l’émotion quand ils se recueillent, du rire quand ils se mettent à nous insulter comme dans un clip de rap…

C’est pointu, c’est frais, c’est exigeant. Linehan a désormais son écriture propre, on reconnaît ses pas et son identité chorégraphique. Cela veut dire que l’on retrouve des gimmicks qui pourront énerver, que l’on taxera de redites. Ou alors, on sera ravi de le voir ici et plus tard, continuer à explorer les percussions corporelles et s’interroger sur ce que danser veut dire.

Visuel : ©Frederic Iovino


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