Carlotta Ikeda de par les limbes aux Hivernales

16 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Hier soir, le festival de danse Les Hivernales qui se tient jusqu’au 20 février à et autour d’Avignon permettait de voir ou de revoir UTT une pièce majeure de celle qui rendue le Butô accessible , disparue en 2014, Carlotta Ikeda.

Note de la rédaction :

Le spectacle présenté en partenariat avec La Chartreuse, est une recréation. La pièce date de 1979. une génération après Hiroshima. Elle fut créée par Ko Murobushi (mort en 2015), vu comme l’héritier du fondateur du Butô Tatsumi Hijikata et Carlotta Ikeda. Tous deux avaient fondé une compagnie Ariadone. Avant de partir, Ikeda a transmis la pièce à l’incroyable danseuse Maï Ishiwata.

Pour entrer dans UTT il faut se dépouiller de l’extérieur et se connecter à soi. Ceci n’est pas une phrase de drogués du yoga. C’est comme cela que le Butô commence. Il faut garder en tête que cette danse qui inspire tant les chorégraphes du XXIe siècle est une une danse de la dévastation créée en 1959 pour répondre à l’angoisse de l’après Seconde Guerre Mondiale. On pense lenteur, blancheur et sable quand on dit le mot butô, et cela est partiellement exact, mais exact tout de même. Le plateau ici est d’abord totalement vide et blanc. Maï Ishiwata va donc nous dépouiller pour nous remplir, elle va nous emmener dans les limbes, dans le sur-moi. Elle est arquée, le visage entré dans les épaules, les mains crispées, les index en crochet. Elle va délimiter son territoire, faisant un inlassable tour d’abord lentement puis rapidement. Le temps de l’accélération, hypnotique est là pour nous séparer du monde des vivants.

Viens ensuite une danse folle faite d’imaginaire et de postures aux tensions démentes. Elle est le chien, la louve, la petite fille, la déesse japonaise. Elle est la mémoire d’un peuple et la définition même de ce qu’un héritage peut être. Ici le corps n’est jamais beau, il est la traduction directe d’une explosion atomique. Alors, il faut se recroqueviller, se cacher, tirer son corps vers le bas. Il faut savoir aussi apprendre l’humilité et savoir rester debout même quand tout accable. Les éléments qu’ils soient divins ou politiques sont ici un flot continu de sable (ou de sel d’ailleurs, on ne sait pas) qui tombe sans relâche sur les épaules très musclées de la danseuse aux mille visages.

Visuel : © Frédéric Desmesure


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