Reprise de « Le Vide » au Monfort, la corde lisse qui fait sauter les cadres

12 mai 2016 Par Mathieu Dochtermann | 1 commentaire

Le Vide – essai de cirque n’est pas un spectacle neuf, il avait d’ailleurs déjà été chroniqué ici. Il est repris du 2 au 21 mai au Monfort. Encensé par la critique, ce spectacle de cordéliste philosophe mérite sans nul doute qu’on s’y intéresse.

Au début, il y a le vide. Puis la corde. qui rend possible la conquête du vide. Mais le vide, c’est la chute. La corde, c’est la chute aussi, parfois. L’absence du vide. La présence de la corde. Les mots de Camus. La répétition. Les répétitions. C’est vertigineux, et on perd petit à petit ses repères.

Le Vide – essai de cirque, le spectacle de Fragan Gehlker, cordéliste incroyablement talentueux, vaut le détour en tant que performance physique. La maîtrise de l’agrès, la perfection des figures, la prise de risque sont époustouflants. La mise en scène, en ce qu’elle dynamite complètement l’espace scénique (entrée par les coulisses, fauteuils déboulonnés, inversion du code lumières allumées/lumières éteintes, etc.) et le temps de la représentation (artistes en scène dès l’entrée du public, qui continuent la représentation tandis que le public sort) est déboussolante autant que captivante. Et l’utilisation faite du lieu, de ses murs, de son gril, de son toit, de ses passerelles, de ses dispositifs d’évacuation des fumées même, est audacieuse.

On peut éventuellement être moins convaincu par la volonté de s’inscrire de manière très ostensible dans les références utilisées. Invoquer la philosophie de Camus sur l’absurde n’est pas déplacé, et le Mythe de Sisyphe convient évidemment bien au cirque en ce qu’il a de dangereux en plus d’être répétitif. Pour autant, on est tenté de regretter un côté trop explicatif, notamment des enregistrements sonores diffusés, qui ne semble pas toujours ajouter au spectacle – plutôt même parfois y retrancher, en superposant des couches de signifiant sur un spectacle qui vaut puissamment par lui-même.

Reste l’humour, une belle dose d’énergie, le frisson de la peur, des prouesses vertigineuses (attention aux cervicales fragiles!), un complice impeccable (Alexis Auffray) et une démarche de dialogue et d’animation autour du spectacle (débats, rencontres en bord de plateau, etc.) qui ne peut qu’être louée.

A voir au Monfort théâtre jusqu’au 21 mai dans la Grande Salle.

un spectacle écrit par Fragan Gehlker, acrobate à la corde • Alexis Auffray, création musicale et régie de piste • Maroussia Diaz Verbèke, à la dramaturgie

sur une idée originale de Fragan Gehlker

créations lumières Clément Bonnin
assisté par Perrine Cado
costumes Léa Gadbois-Lamer
régie générale Adrien Maheux
diffusion Anna Tauber
administration Roselyne Burger

Administration Roselyne Burger / lassociationduvide@gmail.com / +33 (0)6 41 16 52 17

Visuels: (C) Perrine Cado


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