Cirque
« Le vide », la chute joyeuse de Fragan Gehlker au Monfort

« Le vide », la chute joyeuse de Fragan Gehlker au Monfort

01 octobre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

[Reprise au Monfort du 2 au 21 mai 2016]

On a vu une fois un homme monter tout en haut du mur du Palais des Papes, à mains nues, et se faire avaler par la pierre. On a vu une fois une balle monumentale être jetée au sol sans rebondir. On a vu aussi des filles araignées en équilibre haut très haut. La chute est à la performance un sujet qui n’appelle aucune facilité. Le cordéliste Fragan Gehlker s’empare de Sisyphe pour en faire son ami. Vertigineux.

[rating=5]

Le Monfort est une pyramide. Elle pointe à quelques mètres du métro Porte de Vanves au milieu d’un jardin luxuriant. Les loupiotes et parfois des canards en plastique vous accueillent. Drôle d’endroit donc, devenu en quelques années, et surtout sous la direction de Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricorde, un haut lieu du cirque contemporain. Avec Le Vide, essai de cirque, nous entrons dans un spectacle de performance où le public est partie prenante de l’affaire. Il s’agit, en pleine lumière, une fois entrés par une autre porte que celle habituelle d’assister à la chute éternelle d’un homme. Echelle de Jacob, Prométhée. Monter pour redescendre, ou descendre pour monter. La question dans ce bûcher des vanités où ce sont les mains déchirées par les cordes qui brûlent est l’infernal cycle de la vie.
« Cet univers désormais sans maître ne lui paraît ni stérile, ni fertile. Chacun des grains de cette pierre, chaque éclat minéral de cette montagne pleine de nuit, à lui seul, forme un monde. La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Camus écrit et Gehlker s’exécute.
Le spectacle se fait clownesque, époustouflant. Gehlker est « l’as de la corde » comme le signale la bande son live du spectacle, menée au violon et pourquoi pas en patins à roulettes par Alexis Auffray. Les musiques nous amènent au noir et blanc, à la Piste aux Etoiles, mais aussi aux jeux du cirque antique. Ici l’homme est seul même s’il partage la piste. Il est au centre, sans filet, regardé par des adultes qui récupèrent leurs cinq ans. Il y a  de vrais mômes aussi qui du haut de leurs six ou sept ans ont du développer un mépris du vertige entre deux suspens.
On tremble pour lui, on rit avec lui. Il devient l’esclave que l’on encourage à aller plus loin, que l’on matte les yeux écarquillés et la bouche pleine de Pop-Corn et on le pousse pourquoi pas à attraper le ciel s’il en est capable.

Visuel : DR

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