Le Pas de Bême : Un pas de trois réussi pour la Compagnie Théâtre Déplié

14 mars 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Le Festival (Des)Illusions se poursuit au Théâtre Le Monfort et continue de bousculer et les codes du théâtre et nos habitudes de spectateurs. C’est le cas notamment du nouveau spectacle présenté par la jeune Compagnie Théâtre Déplié qui, fruit d’un processus de création collective, transforme le théâtre en un lieu d’apprentissage et d’expérimentation.

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Comment un élève sans histoire, aussi bon en classe que doué sur un terrain de foot, peut-il du jour au lendemain, et sans raison apparente, rendre systématiquement copie blanche à chacune des interrogations écrites faites en classe ? Tel est le point de départ du Pas de Bême. Avec cette création élaborée à partir d’improvisation, les interprètes Olivier Constant, Charlotte Corman et Etienne Parc nous plongent dans une mise en jeu stimulante de la complexité humaine et de la banalité quotidienne.

Reprenant à Michel Vinaver le nom du protagoniste de son roman L’Objecteur, Le Pas de Bême explore les fondements mystérieux du blocage de l’adolescent ainsi que ses effets collatéraux sur l’entourage de ce dernier,  un entourage qui s’étend du cercle familial au corps enseignant jusqu’à toucher en plein cœur le public même de cette curieuse investigation. En effet, grâce à un dispositif scénographique quadri-frontal, les comédiens se lancent avec une énergie débordante dans un mouvement de va-et-vient entre le plateau et les rangs des spectateurs. Placés de la sorte aux premières loges d’une expérience chorale polyphonique et protéiforme,  nous ressentons pleinement dans quelle mesure cet état de fait nous concerne directement, chacun d’entre nous, dans un mouvement semblable à celui du héros vinavérien, ayant déjà été saisi un jour ou l’autre par une incapacité organique à continuer de vivre.

Sans fard ni artifice, sans décor ni musique, Le Pas de Bême se propose non pas d’apporter des réponses aux dysfonctionnements multiples du système scolaire ni d’épuiser sur un ton professoral et pédagogique son sujet ; le spectacle se contente bien plutôt d’en esquisser les contours et laisse entrapercevoir quelques lignes de fuite sans jamais parvenir à délier toute l’opacité du cas « Bême ».  Expérience de l’ici et maintenant, expérimentation inédite de l’unique, le spectacle littéralement vit sous nos yeux et nous donne à imaginer ce que pourrait être une forme non-reproductible de création théâtrale. Le plaisir que semblent prendre les comédiens à jouer leur(s) rôle(s) est si communicatif que l’on ressort de la cabane du Monfort le sourire accroché aux lèvres, un sourire qui s’élargit à la vue du soleil toujours radieux dans le ciel parisien de cette douce fin d’après-midi dominicale. En somme, une jolie manière de conclure le week-end !

Visuel : ©Martin Colombet


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