[L’Étrange Festival] « Euthanizer », beau sujet finlandais, traitement moins inspiré

17 septembre 2017 Par
Geoffrey Nabavian
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Bien dommage : alors qu’il impose un monde tout en talent et en profondeur, ce drame finlandais très noir se perd en route sur des chemins scénaristiques peu inspirés. Bien dommage.

euthanizerAlors que les prix décernés par l’Étrange Festival se font attendre, ce drame finlandais, au postulat original, vient tenter d’envelopper de ses ombres ce qui nous reste d’énergie, à l’issue de ces douze jours de découvertes cinématographiques. Au sein de cet Étrange Festival 2017, où on a pu voir, et apprécier, Les Garçons sauvages, Kuso, Les Bonnes Manières, ou l’un peu moins aimé Attack of the adult babies, Euthanizer tente de faire souffler ses teintes sombres. D’emblée, on y rencontre un univers. Fait de musique belle et brillante, distillée avec une grâce maléfique, qui prend aux tripes. Fait d’une photographie sombre, qui capte la campagne de Finlande, et les rues tristes, en ville, avec une détresse qui nous parle. Un monde qui tourne, avant toutes choses, autour de Veijo, personnage impressionnant : un mécano qui occupe surtout son temps en donnant la mort à des animaux domestiques, que leurs propriétaires lui amènent. Campé par le très étonnant acteur Matti Onnismaa, ce protagoniste accroche d’emblée : mystérieux, peu aimable surtout, comme fait d’une matière très dure, très sèche, impénétrable, il déploie sa personnalité curieuse. Veut-il soulager un peu le monde de sa douleur, via les animaux ? Cherche-t-il en eux une compagnie, car il déteste les hommes ? On attend, on guette. La réalisation, très sobre, n’insiste pas, elle, sur les mises à mort d’animaux.

Lorsque Veijo, donc, commence à fréquenter une infirmière, très attirée par lui (et jouée par la très convaincante Hannamaija Nikander), on continue à suivre. C’est l’occasion, à l’écran, d’une scène de sexe originale. Mais las, l’intrigue nous mène vers un chemin déjà-vu : Veijo se frotte, malgré lui, à des nationalistes finlandais. Des hommes bien pires que lui, en fait. L’opposition entre ces caractères produit du schématisme. Et la narration mène vers une situation de règlement de compte armé, pas franchement originale, et précédée par des scènes de tension peu inspirées. Euthanizer finit par pécher du fait de ses personnages secondaires, aux caractères pas assez développés : une autre infirmière, caricaturale, ou le larbin du groupe de nationalistes, pourtant joué par l’excellent Jari Virman, mais taillé à trop gros traits. Apte, au départ, à mêler le mystère de Veijo, être obsédé par le cycle de vie des bêtes, et une peinture de la situation finlandaise aujourd’hui, cette production perd en route ses atouts. Et ne débouche que sur de la noirceur, peu inspirée…

Euthanizer, un film de Teemu Nikki. Avec Matti Onnismaa, Jari Virman, Hannamaija Nikander… Interdit aux moins de 12 ans. Durée : 1h21.

Visuel : © It’s alive Films