Le rêve chez David Lynch

14 juin 2017 Par
Eloise Sibony
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A l’occasion de la sortie exceptionnelle de la saison 3 de Twin Peaks, 26 ans après la dernière, il est intéressant de replonger dans la thématique préférée du réalisateur : Le rêve. 

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La singularité du cinéma Lynchien, est de résider dans un espace onirique. Le rêve occupe une place à la fois centrale et périphérique. Si habituellement, nous rêvons au cinéma, c’est, la plupart du temps, à partir d’un cinéma dans lequel un film se soutient d’une cohérence dépeignant la logique d’une réalité. Le cinéma réaliste est de moins en moins présent chez David Lynch et sa magie consiste à nous faire rêver à partir d’un rêve. L’espace étrange et fascinant auquel on adhère avec conviction est identique à celui du rêve : on a beau ne pas comprendre logiquement et rationnellement le scénario pourtant, à l’identique d’un rêve, on y croit et on ne peut en sortir.
Ainsi, à l’image de Bill Pulman perdu dans Lost Highway, ou à l’image de Rita amnésique dans Mulholland Drive, nous (spectateurs) sommes dans ses films tout autant perdus (Bill) qu’amnésiques (Rita). 

Twin Peaks : du rêve à l’écran 

Depuis sa mythique série (co crée avec Mark Frost) Twin Peaks, jusqu’à ses films cultes Mulholland Drive ou Blue Velvet, le songe est le facteur essentiel de l’histoire et de sa construction. Twin Peaks, fait partie d’une des œuvres majeurs de la filmographie de David Lynch. Dans la petite ville de Twin Peaks, paisible et chaleureuse à première vue, le meurtre de Laura Palmer, étudiante appréciée, à lieu et le drame commence. Dale Copper, brillamment interprété par Kyle MacLachlan, un agent du FBI profondément gentil vient aider la police de la ville, et se rend vite compte que le meurtre de la jeune fille n’est pas anodin. Cette ville est mystérieuse, maudite et loge des personnages aussi loufoques qu’attachants, qui n’ont, à l’image de l’intrigue parfois aucun sens, comme dans un rêve. Cependant, l’agent Cooper est doté d’un sens particulier, il fait des rêves prémonitoires qui lui permettent d’avancer dans l’enquête. Une nuit, il se retrouve projeté dans une étrange chambre rouge accompagné d’un nain au langage énigmatique. Ainsi, avec cette scène David Lynch plonge le spectateur dans une atmosphère onirique qui rythmera la série et nous baladera entre deux univers : le réel et l’irréel.

David Lynch a déclaré un jour « tout mes films sont des rêves, mais certains un peu plus que d’autres ». En effet, sa filmographie évolue entre rêve et réalité. A la fin de Blue Velvet, Jeffrey tombe littéralement dans le monde paradisiaque que Sandy avait rêvé, dans  Dune Paul guide son action sur la phrase léguée par son père « le dormeur doit s’éveiller » et dans Mulholland Drive l’héroïne Diane se rêve en Betty qui rêve de Camilla en Rita, un rêve qui va se transformer en cauchemar. Le Silencio est la dernière image de Mulholland Drive, véritable temple de l’illusion, du rêve ou nous ne pouvons sortir, comme si le message était de nous dire que le cinéma et la réalité entretiennent le même point de vue.
Le pouvoir de Lynch est alors de nous faire rêver à partir du rêve du personnage principal et de mettre le spectateur dans la même situation que celui ci.

Mais dans le rêve qui est qui avec Lynch ?

La question reste toujours sans réponse. Au cœur de ses films, il interroge l’identité : la sienne ? La notre ? Pas de réponse non plus. Si l’identité est concernée chez Lynch, elle l’est surtout par l’identité du visage. Le visage de Lula se reflète dans celui de Sailor, en même temps que celui de la mère de Lula disaparait dans le miroir. Le premier long métrage de David Lynch, « Erasedhead » signifie « tête gommée » et introduira Elephant Man et la mythique transformation du visage dans Blue Velvet – dont le sous-titre du film est « Ne Me Regarde Pas ». Ce jeu d’identification habite tous les films du réalisateur, une sorte de double vice versa dont la réciprocité crée un enfermement et une ouverture propre au rêve.

« Où sommes nous ? » et « qui somme nous ? » semblent être les deux questions incessantes que le réalisateur nous posent et cernent la totalité de ses films. Que ce soit les lieux intemporels, le mélange constant des personnages ou que le début du film serve de fin, en plus de nous questionner sur le rêve, Lynch y adapte ses codes à l’écran. Son message parmi les plus grands réalisateurs consiste à nous dire que tant que le rêve existe, le cinéma existera.