« Ouvrir la Voix », Amandine Gay nous livre un documentaire poignant

13 septembre 2017 Par
Donia Ismail
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Après de longues années de préparations, Ouvrir la Voix sortira —enfin— le 11 octobre au cinéma. Premier long métrage de la réalisatrice, comédienne, militante afro-féministe et LGBT, Amandine Gay, ce documentaire de deux heures vingts revient sur le regard que la société porte aux femmes noires francophones.

De France ou de Belgique, d’âges différents, ce sont vingt-quatre femmes qui, tour à tour, passent face à la caméra. Pas d’artifices ni d’ornements, elles apparaissent simples, et si belles à la fois. Toutes racontent la première fois où elles ont compris qu’une lutte acharnée se profilait à leurs yeux. Le jour où elles ont eu conscience que leurs peaux d’ébène seraient un obstacle bien plus qu’un avantage.
Dans cette longue discussion, Amandine Gay fait le choix de s’effacer — ou presque, elle réapparait parfois, à dessein— au profit de la parole de ces femmes. Et c’est là où est tout le génie. Elles ont enfin la parole et se ré-approprient leurs voix, symboliquement et concrètement.

« Le privilège de l’innocence de sa couleur de peau. »

On ressort de la projection complètement perdu, atterré par l’hypocrisie de la société qui nous entoure. La réalisatrice confronte ces femmes aux clichés que l’on peut entendre autour de la communauté noire: l’apparence, l’hypersexualité, le communautarisme qui ne semble être que le fait des étrangers, le vocabulaire méprisant que l’on peut trouver (niafou, bounty…) et j’en passe. Toutes ces choses qui blessent au quotidien ces femmes. Entre éclats de rire et émotions intenses, un sentiment effrayant apparait. Ces femmes sont tourmentées. Chaque action est précédée d’une réflexion. L’une d’entre elles nous explique qu’avant d’aller à l’école il fallait être « niquel »: bien habillé, bien coiffé pour ne pas attirer les regards. Elle lance qu’elle aurait aimé avoir « le privilège de l’innocence de sa couleur de peau ». Boum.