[Critique] « Un traître idéal », l’adaptation du roman de Le Carré manque de peps

14 juin 2016 Par admin | 0 commentaires

Interprété par Naomie « Moneypenny » Harris, se déroulant à Marrakech, Paris, Londres et en Suisse, multipliant les rebondissements, chausse-trapes, faisant intervenir des agents à la solde du gouvernement britannique et même la mafia russe, Un traître idéal est-il la dernière aventure de James Bond 007? Non ! Il s’agit de la transposition cinématographique d’un roman d’espionnage du maître du genre: John Le Carré.

Note de la rédaction :

Plusieurs fois adapté sur grand écran – notamment par Martin Ritt avec L’espion qui venait du froid (1965) – Le Carré n’a pourtant jamais été autant à la mode que ces dernières années. On ne va d’ailleurs pas s’en plaindre tant The Constant Gardener (2005) de Fernando Meirelles, La Taupe (2012) de Tomas Alfredson et Un Homme très recherché (2014) de Anton Corbijn se sont avérés de grandes réussites.

Un traitre idéal est l’adaptation de Un traitre à notre goût. Signé par Susanna White – réalisatrice de Nanny McPhee et le Big Bang, mais aussi d’épisodes de Boardwalk Empire et Masters of sex – le film intrigue d’abord par ses personnages principaux, Perry et Gail : un couple formé à l’écran par Ewan McGregor et Naomie Harris.

On ne va pas tarder à apprendre que Perry et Gail sont en vacances à Marrakech pour tenter de reconstruire leur couple à la dérive. Bon début qui nous offre d’aller à la rencontre de deux êtres fracassés quand tant de films nous proposent des personnages lisses comme des gravures de mode (il est vrai que nos deux héros sont tout de même jolis à regarder, mais ne chipotons pas). Sur place, Perry va se lier d’amitié avec un millionnaire russe : Dima. Un homme qui blanchit l’argent de la mafia russe… Dima va demander de l’aide à Perry pour livrer des informations aux services secrets britanniques en échange de la protection de sa famille.

Stop ! Nous n’en dirons pas plus afin de ne pas vous gâcher le suspense et les principaux rebondissements de l’histoire.

Un traitre Idéal séduit durant une bonne heure de métrage. Anthony Dod Mantle – chef opérateur de Rush et Au Cœur de l’Océan réalisés par Ron Howard – soigne les ambiances avec une photographie de toute beauté. Le script tient la route (le contraire serait dommage avec comme matériau de départ un roman de John Le Carré). L’interprétation des comédiens est nickel chrome. Et puis, ça se gâte un peu…

Le spectateur a tellement vu de films d’espionnage – genre auquel la franchise Jason Bourne a donné un sérieux coup de jeune – qu’il a le droit d’espérer un peu de nouveauté et d’originalité en la matière. Non pas que Un traitre idéal soit un mauvais film, mais on a trop l’impression d’assister à un spectacle balisé, sans surprises. Du coup, on s’ennuie un peu.

Et ce n’est pas la réalisation impersonnelle de Susanna White qui fait sortir le film de son rythme de sénateur.
Si la mise en images est professionnelle, elle ne se hisse jamais au-delà du cadre d’une production TV de prestige.

C’est propre, ça se regarde mais les quasi deux heures de Un traitre idéal paraissent tout de même bien longuettes et un peu fades. On aime le classicisme au cinéma (mieux vaut une mise en scène classique qu’une overdose d’effets au style pompeux). Mais du classicisme à l’académisme il y a un pas que Un traitre idéal franchit allègrement.

On aurait aimé davantage de peps, d’invention, d’audace. Mais pour cela, il aurait fallu un cinéaste de la trempe d’un David Fincher ou même – soyons plus modeste – d’un excellent faiseur comme Martin Campbell (Casino Royale).

Reste que Un traitre idéal propose un spectacle carré et sans une once de vulgarité. Par ces temps de disette du côté du cinéma de divertissement, nous n’avons peut-être pas franchement le luxe de faire la fine bouche.

Un Traitre idéal (Our Kind of Traitor), de Susanna White, avec Ewan McGregor, Damian Lewis, Stellan Skarsgård, Naomie Harris, UK, 1h47mn, Sortie le 15 juin 2016. Distribution Studio Canal.
Affiche, film-annonce et photos © Studio Canal.

Grégory Marouzé.


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