[Critique] du film « L’origine de la violence » Elie Chouraqui adapte Fabrice Humbert

28 mai 2016 Par Gilles Herail | 3 commentaires

Elie Chouraqui nous plonge dans des secrets de famille enfouis dans les souvenirs douloureux de la seconde guerre mondiale, en adaptant le roman de Fabrice Humbert. L’origine de la violence n’est pas aidé par une mise-en-scène théâtrale qui frôle parfois le ridicule mais nous emporte pourtant par la force de son histoire, sa puissance romanesque et ses questionnements passionnants sur l’identité familiale, la mémoire et la culpabilité.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Lors d’un voyage en Allemagne, un jeune professeur, Nathan Fabre, découvre au camp de concentration de Buchenwald la photographie d’un détenu dont la ressemblance avec son propre père, Adrien, le stupéfie. 

Elie Chouraqui s’est fait discret derrière la caméra depuis O Jerusalem et Celle qui l’aime, sortis respectivement en 2002 et 2008. Son nouveau film porte sur grand écran le roman à succès de Fabrice Humbert pour nous replonger dans l’Histoire de la seconde guerre mondiale et du camp de concentration de Buchenwald où périrent plus de 50.000 détenus. L’origine de la violence est dans sa structure un pur « film de secrets de famille », où les révélations s’enchaînent et les vérités se révèlent, avec une ambition feuilletonesque et romanesque que n’aurait pas renié Lelouch. Elie Chouraqui ne signe clairement pas son meilleur long-métrage, avec une mise-en-scène approximative et des effets théâtraux vieillots qui le rapprochent parfois d’un mauvais téléfilm, notamment dans sa partie contemporaine (sur-utilisation des zooms, musiques « suspens » stridentes, interprétations outrées, etc.).

Il faut réussir à laisser de côté ces nombreuses maladresses pour se replonger dans un récit qui mérite, lui, toute notre attention. Une histoire puissante, qui aborde avec pertinence les traumatismes enfouis de la seconde guerre mondiale. Le titre du film vient du questionnement existentiel du personnage principal, qui garde en lui une violence contenue qu’il ne s’explique pas, et que le scénario va rattacher à un tabou familial. La question de la mémoire et de l’identité filiale est au cœur du film, qui évoque assez finement la culpabilité des générations d’après. Etre né dans le contexte d’une dénonciation, qui a mené un homme à la mort. Etre enfant ou petit-enfant de nazi. Fouiller le passé pour savoir, pour comprendre, alors que les aînés ne veulent ré-ouvrir les blessures du passé (thématique que traitait brillamment Le Labyrinthe du Silence).

L’origine de la violence nous met face à cette complexité, qui ne peut se réduire aux jugements à l’emporte-pièce, aux déclarations de principe, et laisse une place pour le pardon, ou en tout cas à l’écoute. Entendre les confessions, sans les excuser, donner à la culpabilité de chaque personnage une profondeur, un contexte, une histoire. Imaginer une réconciliation possible grâce à la connaissance de sa Mémoire, personnelle et collective, illustrée à l’écran par l’histoire d’amour d’un couple franco-allemand qui partage un même malaise identitaire, que le poids du souvenir soit du côté de la victime ou du bourreau. La saga familiale cède parfois à l’envie du rebondissement à tout prix mais garde en permanence ce fil rouge beaucoup plus fin qu’il n’y parait sur un sujet déjà traité maintes fois, qui questionne pourtant toujours autant. Un film techniquement très inégal, beaucoup plus juste sur le fond. 

A voir à l’affiche en ce moment, Le voyage de Fanny qui retrace l’histoire vraie d’un groupe d’enfants juifs livrés à eux mêmes dans leur périple à travers la France occupée pour trouver refuge en Suisse.

Gilles Hérail

L’origine de la violence, un drame historique d’Élie Chouraqui avec Richard Berry, Stanley Weber, César Chouraqui et Michel Bouquet, durée 1h50, sortie le 25/05/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film


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COMMENTAIRES:

  1. FERDINAND

    Le fil conducteur du film est prenant et les acteurs attachants . Une histoire individuelle dans l’histoire menée avec talent comme une enquête passionnante .
    Bravo

  2. GANDON Thierry

    Pas toujours évident d’adapter un roman au cinéma , là , le
    pari est plutôt réussi , les acteurs crédibles et la B.O
    très bonne …

  3. lambin

    j’ai eu le plaisir de rencontrer l’auteur du livre Fabrice Humbert et d’évidemment lire son ouvrage. Quant au film il est bien représentatif du contenu du livre. Les acteurs quant à eux sont crédibles particulièrement César Chouraqui et bien évidemment l’excellent Richard Berry.

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