[Critique] du film « Déesses indiennes en colère » brulôt féministe fougueux de Pan Nalin

2 août 2016 Par Gilles Herail | 0 commentaires

Déesses indiennes en colère a de l’ardeur, de l’énergie et de la fougue à revendre. Pan Nalin signe un brûlot féministe assumé, qui ne s’excuse pas de son propos et dénonce avec force les inégalités de genre en Inde. Les ruptures de ton brutales entre drame et pure comédie donnent au film une vraie singularité. Qui nous fait oublier les aspects plus mécaniques du scénario et de la construction des personnages. Notre critique.

Note de la rédaction :

Extrait du synopsis officiel : Elles sont actives, indépendantes et libres. Des femmes indiennes d’aujourd’hui. Réunies à Goa pour huit jours, elles se racontent leurs histoires d’amour, leurs doutes, leurs désirs. Jusqu’à ce qu’une nuit pas comme les autres remette tout en question…

On vous avait parlé ici de Titli, une chronique indienne, thriller social de survie qui nous plongeait dans la réalité brutale de l’Inde contemporaine. Déesses indiennes en colère est un nouvel exemple de ce cinéma militant, moderne, qui fonctionne à l’énergie et au coup de gueule. Le nouveau film de Pan Nalin (Samsara) s’inscrit dans une tendance montante du cinéma d’auteur international, qui traite de plus en plus régulièrement de la question de l’égalité homme-femme dans les pays du Sud (La saison des femmes, La source des femmes, Difret). Déesses indiennes en colère ressemble d’ailleurs beaucoup dans sa structure à Dégradé, huit-clos palestinien suivant les discussions mouvementées de 13 femmes bloquées dans un salon de coiffure alors que le chaos règne dehors.

La première séquence pose le ton du film en nous présentant avec beaucoup d’humour plusieurs femmes en colère qui ne se laissent pas démontées face au sexisme qu’elles subissent quotidiennement. Chacune incarnant une facette des classes moyennes et supérieures de l’Inde d’aujourd’hui : la businesswoman intraitable, la photographe éthique, l’actrice anglaise qui tente de percer à Bollywood, l’épouse au foyer conservatrice, la chanteuse qui connait un trou de carrière, la servante intouchable et la militante engagée pour les droits des travailleurs. A l’occasion de l’annonce d’un mariage, l’ensemble de ces femmes vont se réunir pour passer quelques jours ensemble, faire la fête, se retrouver et se redécouvrir.

Les discussions débridées de ces sept femmes fortes sont l’occasion d’aborder une multitude de thèmes qui restent tabous dans l’Inde d’aujourd’hui : l’homosexualité féminine, le sexe, le divorce, l’égalité professionnelle, le harcèlement, les violences sexuelles, etc. Il y a de la fougue, de l’énergie et de la chaleur dans ces conversations faussement anodines qui font apparaître progressivement les doutes et les failles de chaque personnage. La comédie fonctionne avec des joutes verbales enflammées et de grands moments de complicité. Mais le drame n’est jamais loin, provoquant de nombreuses ruptures de ton qui font la singularité du film. On regrette le côté mécanique du scénario qui duplique un schéma trop linéaire (rire et insouciance, confession et malaise, colère et retrouvailles solidaires). Mais Déesses indiennes en colère garde assez d’élan, d’emballement et de vivacité pour être une jolie surprise.

Gilles Hérail

Déesses indiennes en colère, un film germano-indien de Pan Nalin avec Amrit Maghera, Rajshri Deshpande et Pavleen Gujral, durée 1h43, sortie le 27/07/2016

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film


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