« Hodler Monet Munch » réunis au Musée Marmottan : symphonie en bleu majeur

14 septembre 2016 Par Géraldine Bretault | 0 commentaires

Confiée à l’émérite historien de l’art et critique Philippe Dagen, le sujet de la nouvelle exposition du musée Marmottan a de quoi surprendre au premier abord : que peuvent bien avoir en commun trois peintres certes contemporains, mais de nationalités différentes, et qui ne se sont probablement jamais rencontrés ? Un parcours au parfum de démonstration, qui fait la part belle au peintre suisse, Ferdinand Hodler.

Note de la rédaction :

Si Hodler, Monet et Munch n’ont partagé ni tubes de couleur, ni conversations animées autour d’une absinthe, tous trois mènent au tournant du XXe siècle une réflexion picturale solitaire et déterminée, en marge des tourments de leur époque, qui traversera pourtant la Première Guerre mondiale.

Il faut saluer l’audace du projet porté par Philippe Dagen : que l’on soit convaincu ou non par sa démonstration, il nous rappelle ce faisant qu’une exposition se doit avant tout de servir un discours, un propos théorique, et pas seulement livrer un catalogue d’œuvres réunies pour la circonstance.

Quel éblouissement des sens, cependant, devant les toiles réunies de ces trois maîtres : obsédés chacun à leur manière par la traduction de l’évanescence même – l’eau dans tous ses états, solide, liquide gazeux -, ils ont su convoquer sur leur palette toutes les nuances de bleu possibles et imaginables. Point de couleurs chaudes, ou presque (La Maison du jardin aux roses, de Monet, ou La Pluie, de Munch), mais un parcours minéral qui conduit des sommets alpins au Lac Léman en passant par les étendues neigeuses de la Scandinavie. Seule rupture de ton : les cimaises bordeaux de la section sur les paysages de neige, ainsi judicieusement mis en valeur. Il nous en viendrait presque une envie impérieuse de chausser nos plus beaux souliers de randonnée…

Si la démonstration prend son sens lorsque nous comprenons que les trois peintres ont pu travailler devant les mêmes paysages (séjour de Monet en Norvège, nombreux voyages de Munch dans toute l’Europe), on regrette en revanche que ce propos strictement tenu finisse par éclipser les autres sources d’influence non négligeables chez les trois peintres, comme l’estampe japonaise (La Pluie de Munch est quasiment une citation d’une planche de Hokusai, représentant des voyageurs admirant le Fuji depuis le pavillon Sazai), ou le romantisme allemand pour Hodler : ses paysages montagneux doivent au moins autant au sublime de Caspar David Friedrich qu’à la tradition de la peinture en plein-air.

Pour ceux qui auraient manqué les expositions Munch au Centre Pompidou (2011-2012) et Hodler au musée d’Orsay (2007-2008), voici une belle occasion de vous rattraper, dans un parcours où le Maître des lieux, Claude Monet, sait rester discret : pour l’occasion, Impression, Soleil Levant, est tout de même remonté du sous-sol (on peut regretter un emplacement secondaire, qui le dessert), mais l’artiste demeure le moins représenté des trois. En revanche, ne manquez pas sa sublime Débâcle à Vétheuil, spécialement venue de Madrid.

Sans oublier de traverser les collections permanentes avant de ressortir : le redéploiement des nymphéas au sous-sol offre un point d’orgue bienvenu à cette belle démonstration.

 

 

Visuels : ©
Ferdinand Hodler – Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn – 1905 – Collection Christoph Blocher
Edvard Munch – La Pluie – 1902 – Oslo, Nasjonalmuseet for kunst, arkitektur og design / Photo © Børre Høstland
Edvard Munch – Canal au coucher du soleil 1908 – Oslo, Munchmuseet / Photo – © Munch Museum
Claude Monet – La Débâcle à Vétheuil 1880 – Madrid, Museo Thyssen-Bornemisza – © Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
Ferdinand Hodler – Le Mönch dans les nuages 1911 – Suisse, collection particulière
Ferdinand Hodler – Lac Léman vu de Chexbres vers 1904 – Collection Christoph Blocher


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