Giotto fait entrer la lumière au Louvre

17 avril 2013 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

francescogiotto

Giotto e Compagni sont au Louvre et c’est un événement. Celui qui a inspiré Michel Ange est perçu depuis le quattrocento comme une star. C’est là que le génie de Dominique Thiébaut, la commissaire d’exposition, intervient : il ne s’agit pas d’une expo sur Giotto mais d’une expo sur la révolution Giotto.

Nos yeux du XXIe siècle sont blasés, ce que l’on voit en entrant dans cette belle salle blanche, si contemporaine nous semble normal. Oui, mais… ce lieu, c’est pourtant la Chapelle du Louvre, ici complètement customisée pour nous faire baigner dans l’atmosphère d’une grande église florentine. Aux murs, et sur des socles, nous avons trente œuvres essentiellement des peintures sur retables et quelques magnifiques enluminures. Vous pourrez ainsi voir le seul exemplaire italien de la Bible moralisée (1350 ).

L’exposition apporte une première information aux néophytes : celle que la signature d’une école vaut celle du maître. Giotto a son atelier vers 1310 : les œuvres sont réalisées sous sa direction mais pas signées par lui. Ici, un magnifique Saint Jean signé Bernardo Daddi est 100% dans le style Giotto.

Justement, quel-est ce style ?

C’est tout l’objet de cette exposition qui se veut comme de par le passé du musée, une exposition « dossier ». Deux œuvres sont mises en situation : une croix et un Saint François revenant de Pise. Toutes deux montrées ici en recto / verso. On peut voir qu’ elles ont gardé leur structure originelle. On apprend alors qu’il est capital pour le trecento de prendre conscience des supports. La révolution Giotto est en marche, de nouveaux types de décors sont créés ainsi que de nouvelles formes de retables.

Il faut s’arrêter sur La stigmatisation de Saint François d’Assise qui vous barre la route quand vous entrez dans la chapelle. C’est l’une des trois œuvres signées de Giotto (et oui, seulement ! ).
Elle présente dans sa partie basse une étonnante éducation aux oiseaux, qui rompt avec l’habitude d’une représentation symbolique. Ici, nous avons des oiseaux d’Italie centrale. Avec Giotto vient L’irruption de la réalité dans la peinture.

L’homme aimait la lumière et la fait entrer dans ses toiles toujours dans un souci de réalisme. Cette exigence vient aussi dans une volonté de s’ancrer dans son époque. Toujours dans ce tableau, on note l’absence de Saint Pierre mais la présence d’Innocent III. Giotto règle ses comptes en présentant la colonne du Latran brisée. C’est le duel entre les familles fournisseuses de papes, les Colonna et les Orsini, qui est ici représenté..

Cette exposition est aussi une ode aux collections du Louvre. La grande croix, riche d’or, était planquée et invisible dans une salle. Elle a été merveilleusement restaurée et trône en majesté dans la blanche chapelle. Nous ne sommes pas ici dans une rétrospective, le peintre a essentiellement inondé de son talent les fresques immuables des églises italiennes. Il est troublant de voir en quatre murs, comment lui et son école ont permis la rupture avec les codes figuratifs hérités de la tradition byzantine. Le clair-obscur pointe, la renaissance est en marche !

Visuel : Giotto, La Stigmatisation de Saint François d’Assise, bois, 313,5 x162,5 cm, Paris, musée du Louvre, département des Peintures  (c) RMN-Grand Palais ( Musée du Louvre) / Michel Urtado


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