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Les 25 ans du Centre d’Art Contemporain de la Maison Bouvet Ladubay [Live-Report]

Les 25 ans du Centre d’Art Contemporain de la Maison Bouvet Ladubay [Live-Report]

27 octobre 2017 | PAR Yaël Hirsch

A Saumur, la Maison Bouvet Ladubay célébrait en cette fin d’octobre ensoleillée les 25 ans de son Centre d’Art Contemporain. Cette noble bâtisse en tuffeau été la Mairie de la ville dans les années 1930 et elle accueille depuis sa création deux grandes expositions par an : de l’art contemporain de premier plan, l’été, et ArtCheval, l’hiver. Retour sur une rencontre avec une grande maison de vin, familiale, internationale et qui sait mettre en valeur l’art, le patrimoine pour rayonner depuis la Loire vers le monde entier.
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C’est dans un coucher de soleil rougeoyant sur le lit large et puissant de la Loire que nous sommes arrivés à Saumur et découvert la grande bâtisse fin 19e siècle qui abrite le Centre d’Art Contemporain de la Maison Bouvet Ladubay et sa grande sculpture d’accueil : « Hypercube » de Benoit Lemercier.

Les 25 ans de l’institutions culturelle ont té célébrés l’édition de 15 muselets (les bouchons de vin effervescent) signés par des artistes de renom :  Ai Khitahara, Jacques Villeglé, Guy de Rougemont, Gottfried Honegger, Eric Gouret, Keiichi Tahara, Vera Molnar, Tanguy Tolila, Christian Renonciat, Norman Dilworth, Benoit Lemercier, Joel Ducorroy, Paul Jenkins, Jean Cortot & Josep Grau Garriga.

1992 correspond également à la création de ArtCheval, un salon qui met, à Saumur, la représentation des cavaliers et de leurs montures à l’honneur. Pour marquer cet anniversaire, les organisateurs ont limité le nombre d’artistes présentés à 8, qui ont tous été primés (parfois plusieurs fois) au salon. Les photos de Jeanne Marty, l’art à la fois de peindre et de sculpter de Jean-Louis Sauvat et Emmanuel Michel, le jeux pop d’empreintes de Alain Guillotin, le graphisme de Erna Mouton et l’installation demeurée de la performance inaugurale de Liska Llorca nous ont plongés avec vivacité dans les courbes, la vitesse et la beauté du cheval.

Le cheval, c’est un patrimoine fort à Saumur, qui est depuis 1815 et le lendemain des guerres Napoléoniennes, l’épicentre de la cavalerie avec l’école qui forme ce corps de l’armée : L’institut français du cheval et de l’éducation (sous la double tutelle des ministères du Sport et de l’Agriculture). Nous avons eu la chance de pouvoir assister à une représentation publique des meilleurs cavaliers par le biais du Cadre Noir. Un jeudi matin chaleureux et brumeux, dans le manège bondé de public de l’institution nous avons pu voir des cavaliers et des cavalières échauffer leurs chevaux au galop, au trot, au saut d’obstacle, à la pirouette et même à suivre le rythme de la musique… En suivant les pattes des chevaux, hypnotisés, nous avons appris que le cadre noir orchestre 270 chevaux, dans 7 manèges, pour 179 participants dont 34 écuyers, 65 soigneurs et 7 maréchaux-ferrants, et reçoit 53 000 spectateurs par an. Au sortir du spectacle, nous avions le même sourire que les enfants en vacances qui ont vu le spectacle et la même frustration douce de ne pas pouvoir caresser les chevaux ! 500 médailles de distinction en 40 ans! Un spectacle magique qui célèbre toute une tradition français d’excellence.

Notre voyage à Saumur a aussi et surtout été l’occasion de visiter les caves et l’usine d’assemblage de la plus belle Maison de Bruts de Loire. Créée en 1851 par Etienne Bouvet, secondé par sa femme Céléstine Ladubay, elle a connu une ascension fulgurante en ayant l’idée d’appliquer la « méthode champenoise » au chenin et au chardonnay de l’Anjou et de la Touraine. Ayant repris la Maison depuis 1932, c’est la famille Monmousseau, qui nous a fait visiter son fief, dédoublé depuis 2008. Alors que la Maison Bouvet Ladubay produit désormais 6 millions de bouteilles par an dont 60 % sont vendues à l’étranger, Patrice Monmousseau pilote les opérations depuis 1972. Il est aidé depuis une dizaine d’années par sa fille, Juliette, tandis que son autre fille, Marie, tient l’une des meilleures tables de la région : Le chemin du sel, à Thoueil avec jardin et vue sur la Loire.

Lorsqu’on lui demande combien d’hectares il y a chez Bouvet Ladubay, Patrice Monmousseau répond « Zéro ». Avant d’ajouter « On ne demande pas à Paul Bocuse combien d’hectares de champs il a. Je fais de l’assemblage et l’assemblage, c’est comme la cuisine ». La Maison travaille en effet avec 80 producteurs qui ont un cahier des charges exigeant. A notre arrivée à Saumur, Patrice et Juliette Monmousseau nous ont fait découvrir leurs caves doublement « historiques » puisque sur une intuition puissante de Patrice, une véritable cathédrale « engloutie » a été sculptée dans les 8 km de galeries. Fasciné par l’idée qu’il y a 140 millions d’années Saumur était sous la mer et que le sel a donné sa terre aux vignobles et sa pierre à la région, il a en effet commandé 35 sculptures monumentales à Philippe Cormand pour évoquer (sur une musique de Vangelis) ces millions d’années passées.

Au bout des galeries, visitées à la bougie, que l’on peut désormais aussi parcourir à vélo, nous avons sabré un magnum de « Saphir » 2012 avant de monter dans les bureaux (et les archives, les 550 prix gagnés, les relations commerciales avec les Etats-Unis depuis 1970 et les nombreuses étiquettes des bouteilles sont conservées dans des meubles tournants en bois) pour dîner à la table où toutes les importantes décisions des dernières années ont été prises. Nous avons pu goûter la plus fameuse cuvée de la maison, l’Ogmius, version 2009 et décanté, avant de savourer un des « vins tranquilles » de la maison, un Saumur-Champigny racé, avec un excellent filet de bœuf du traiteur « Le Val d’Evre » qui gérait en simultané un dîner de séminaire dans l’immense salle de réception de la maison. Il faut également préciser qu’à l’étage, un adorable théâtre du 19e siècle permet d’admirer le buste de Etienne Bouvet et d’entendre des spectacles plusieurs fois par an.

Cela n’est qu’après cette vision « traditionnelle » des caves que nous avons découvert la nouvelle aile de Bouvet Ladubay, à quelques kilomètres de là : Sur 14 000 m², le chai « Full Metal » est une installation d’une modernité éblouissante. L’assemblage, la mise en bouteille, le remuage, l’embouteillage, l’étiquetage et le veillissement (minimum un an) sont opérés par des machines ultra-perfectionnées. 35 000 bouteilles peuvent sortir en un seul jour de ce grand oiseau de métal et la production de la maison a presque doublé depuis que la famille Monmousseau a auto-financé ce grand changement. « On peut faire bien et beaucoup », explique le maître des lieux, qui a su réinventer la culture de l’excellence de la Maison à l’aune de la modernité. A remplir encore un verre de la version rosée du Trésor, nous en sommes convaincus et convertis au Brut de Loire !

Informations sur les vins et les activités (visites, séminaires… ) de la Maison Bouvet Ladubey, ici. 
Visuels : YH

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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