Beauté
« Les tattoos », expression de la « chair »

« Les tattoos », expression de la « chair »

26 novembre 2013 | PAR Pulcherry Von Ober

lady gaga artpopLe tatouage s’affiche et s’exhibe depuis une décennie. Si cette expression artistique très ancienne marque l’appartenance à un rang, statut ou groupe social chez les peuples primitifs, aujourd’hui, il défile sur les podiums, s’illustre sur les packagings, laisse son empreinte dans le sillage de parfums, habille les corps nus dans les publicités. Aussi, pourquoi le tatouage s’expose-t-il aujourd’hui, comment s’est-il immiscé dans notre société, où a-t-il le droit d’exister et où doit-il s’effacer ?

Rencontre avec David Le Breton, anthropologue et sociologue pour l’Observatoire Nivea.

1- Mon tattoo et moi

Existe-t-il un profil particulier de personnes susceptibles de se faire tatouer et a contrario de personnes qui ne se feront jamais tatouées ?

Non, il n’y a de portrait ni dans un cas ni dans un autre. On rencontre tous les âges, toutes les catégories sociales. D’ailleurs, aujourd’hui, les femmes se tatouent plus que les hommes. Le tatouage est devenu un phénomène social.

Que symbolise pour ces personnes le tatouage ?

Il peut renvoyer à la volonté pure d’être tatoué, comme beaucoup d’adolescents par exemple. Lorsque le motif est réfléchi, cela peut être une commémoration d’un événement : une première relation amoureuse, ou encore, un moment vécu comme la mort d’un proche. Il est à noter que lors d’une commémoration, on fait de son corps une archive personnelle pour l’autre. Il s’agit aussi de se guérir d’une blessure personnelle. Et puis, il y a aussi le tatouage érotique, celui que l’on montre uniquement lors d’une relation amoureuse.

La virtualité de notre société incite-t-elle au tatouage, au besoin de laisser son empreinte en quelque sorte ? Et par exemple, existe-t-il une corrélation entre le tatouage et les réseaux sociaux, (plus on est dans le virtuel, plus on fait de tatouages) ?

Je ne pense pas qu’il y ait un lien entre internet et le tatouage. En effet, le tatouage est un phénomène qui a démarré à la fin des années 80 à une époque ou internet n’existait pas. En revanche, je dirais qu’avec le virtuel il y a une notion d’inachèvement, de fugacité, de désorientation. Aussi, pour affermir notre rapport au monde, les personnes s’agrippent à leurs tatouages pour exister. Cela souligne le besoin d’accrocher du réel quelque part.

N’y a-t-il pas de contradiction entre une société où l’on passe son temps à effacer des traces sur le visage et le corps, (supprimer les taches, lisser les rides, atténuer les vergetures, cacher les cicatrices) et cet engouement pour le tatouage ?

Ce n’est pas la même logique, c’est une autre recherche de la beauté. Et puis, il existe des milliers de manière de se tatouer contrairement à la chirurgie esthétique. Cependant, on peut voir ici comme point commun la volonté d’embellir.

A-t-on besoin d’expérimenter la douleur pour exister, le tatouage étant tout de même un acte douloureux ?

Oui, la douleur a une fonction de renforcement de l’expérience. Elle donne au tatoué le sentiment qu’il est vivant, qu’il est en train de vivre un moment essentiel.

2- La communication tatouée

Comment expliquez-vous que depuis ces dernières années, les publicités ou encore les marques de luxe, notamment dans la beauté ou la mode, utilisent le tatouage ?

Le tatouage est partout sur le corps des sportifs, chanteurs, comédiens. Il est entré dans la publicité depuis longtemps, car c’est dans l’air du temps. Cela révèle également pour le marketing une manière d’être dans « l’ambiance du moment », de faire jeune.

Cependant, associer la mode et le tatouage n’est-ce pas contradictoire, la mode étant éphémère et le tatouage indélébile ?

Le tatouage n’est pas un effet de mode mais de culture, une sorte de bijou cutané. En cela il s’ajoute aux accessoires de beauté. D’ailleurs, on aura à l’avenir de plus en plus de gens tatoués.

Et dans ce cas, le tatouage ne se transforme-t-il pas en accessoire ? Et ainsi, cela pourrait-il expliquer les tatouages éphémères proposés par certaines marques ?

Le tatouage éphémère apparaît comme moins compromettant. Le tatouage éphémère n’a pas d’impact sur le reste de l’existence, et puis l’été sur la plage, le tattoo fait partie de ces jeux avec le corps. En fait, n’oublions pas, nous sommes des joueurs de notre existence, de notre personnage. Le tatouage a simplement intégré le vestiaire.

3- Mon corps marketé

Les hommes ou femmes-sandwich d’hier, les hommes ou femmes tatoués d’aujourd’hui ?

Non, sauf ceux qui reprennent les marques, et là, oui.

Et que penser de cette entreprise américaine qui proposait une augmentation de 15% du salaire si les salariés se faisaient tatouer le nom de leur entreprise ? L’entreprise dans la peau, jusqu’à quel point ? Ethiquement parlant, serait-ce toléré en France, et pourquoi ?

Oui, jusqu’où peut-on aller ? Mais, transformer sa peau en carrosserie, faire de la pub en permanence n’est-ce pas perdre sa dignité ?

Et qu’en est-il du tatouage dans les entreprises ?

Le monde a changé. Même dans les hôtels, dans les lieux publics, parfois vous trouvez des personnes qui ont un tatouage discret. Le tatouage est un jeu entre le caché et le dévoilé. Et puis, chaque personne sait jusqu’où elle peut aller. En entreprise, on peut aussi y voir une sorte de coquetterie discrète bien sûr.

Le corps se transforme en livre : le tatouage inscrit son histoire. Mon corps à livre ouvert : griffée je suis, je sens que j’existe, l’encre marque ma vie, les événements s’incarnent en moi. Mais chut, déshabille-moi, regarde ces traces-là parce que seul toi tu as le droit. Ne le dis à personne…L’aiguille cisèle ma peau tel un scalpel qui scelle la douleur de ce moment essentiel. Parfois, j’y inscris une marque, je deviens « logotisé », « lobotisé » ? Mon chair tattoo, quel plaisir de jouer, de te montrer, de te cacher, mon tattoo, ma coquetterie pour la vie. Et toi qui m’observes : alors, tu les aimes mes genoux ? Et mes cuisses ? Tu les trouves jolies mes fesses ? Et mes épaules, tu les aimes ? Et mes tatouages, dis, tu les aimes ? Alors, avoue, tu m’aimes plutôt partiellement ou totalement, griffée ou « dégriffée », oui dis- moi, je voudrais bien savoir…

Pour en savoir un peu plus sur le tatouage, rendez-vous avec David Le Breton et avec ses ouvrages suivants : Signes d’identité. Tatouage piercings et autres marques corporelles et L’adieu au corps, éditions Métailié.

Visuel : © première image postée par Lady Gaga sur son fil twitter annonçant par un tattoo le titre de son nouvel album : Art pop.

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Pulcherry Von Ober
Un regard posé sur l'esthétique car la beauté donne le ton de l'harmonie. Des papilles constamment en éveil ! http://www.sensetpeau.com/blog/ https://www.instagram.com/leschicsgourmandises/ @leschicsgourmandises

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