Théâtre

Vu du Pont, sans passion

Vu du Pont, sans passion

15 octobre 2015 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sur le papier, cela s’annonçait magnifique. Le metteur en scène Belge Ivo van Hove revient une nouvelle fois à Paris. Nous avions adulé son Antigone, son Mary Stuart et son The Fountainhead. Celui qui est la tête de la prestigieuse troupe du Toneelgroep Amsterdam reprend A view from a Bridge en version française. Malheureusement, nous sommes restés sur le quai à contempler sa si juste scénographie.

[rating=2]

Le texte de Miller n’est pas un grand texte, cela est volontaire. L’histoire nous amène au coeur de l’immigration italienne à New York. On ne sait pas exactement quand se déroule l’histoire mais l’arrivée massive du jazz nous place dans le premier XXe siècle.  À Red Hook, un coin paumé de Brooklyn, Éddie (Charles Berling) et Béatrice (Caroline Proust) ont élevé Catherine (Pauline Chevillier), la nièce de Béa. Elle a maintenant 17 ans, et elle est une superbe brune qui « roule des hanches ». Bientôt des cousins viendront se cacher dans l’appartement modeste de la famille d’Éddie. On le sait dès la première seconde, un drame va arriver.

La scénographie est sans surprise, tout à fait sublime. Van Hove, qui ici dirige pour la première fois en français, nous place réellement sur le pont, en contenant les comédiens dans une boite noire à la façon d’un entomologiste. Ils sont les insectes du Museum d’Histoire Naturelle  et nous les observons s’agiter. Ils déclament, récitent ce texte qui charrie, dans l’allégorie de la première scène de douche (habillée), les tensions culturelles d’un monde en mouvement.

Le texte de Miller est daté, et le jeu des comédiens ne permet pas de l’actualiser. Berling bute sur ses mots, n’occupe pas l’espace, il disparaît. Autour de lui, les filles de la maison s’agitent. Les Italiens se battent pour exister. Cela devrait être un chef-d’oeuvre. Mais nous sommes dans une proposition de jeu archaïque, d’une scolarité étouffante.

Vu du Pont, on voit passer un tramway sans désir. Il y a un couple qui ne baise plus, il y a une jeune fille qui découvre que son corps est une arme, il y a ces garçons prêts à tout pour s’intégrer, même à jouer les guignols aux docks. Mais de ça on ne voit rien. Le jeu reste à plat, contenu dans cette boite où normalement ils devraient se déchirer comme des lions en cage. On comprend les intentions pertinentes de Ivo van Hove qui par ce décor volontairement étroit cherche à emprisonner ses acteurs. L’affaire est policière, n’en disons pas trop. Un avocat (très juste Alain Fromager) nous raconte à la façon d’une voix off cette histoire qui se place dans un passé proche.

Le Requiem de Fauré apparaît comme un gadget venant apporter de la tension qui ne surgit pas de ce plateau en contrebas. De même, les percussions qui donnent le tempo du drame irritent sans poigne. Le dernier quart d’heure du spectacle, au rythme parfait et à la lumière plastique ne sauve pas notre sensation d’ennui infini.

Visuel  : Photo de répétition @ Thierry Depagne

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Une réflexion sur « Vu du Pont, sans passion »

Commentaire(s)

  • p

    you should tell where does it take place

    octobre 16, 2015 at 21 h 12 min

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