Théâtre
Deux reines royales dans Mary Stuart par Ivo van Hove

Deux reines royales dans Mary Stuart par Ivo van Hove

27 mars 2015 | PAR Christophe Candoni

Dans une mise en scène éclatante et pourtant d’un extrême dépouillement, Ivo Van Hove mêle le chaud et le froid. Entre stricte austérité et rébellion sulfureuse, les sublimes Chris Nietvelt et Halina Reijn, interprètes souveraines d’Elisabeth d’Angleterre et Mary d’Ecosse, se livrent la guerre du pouvoir et atteignent des sommets d’intensité.

Ivo Van Hove commence enfin à se faire bien connaître en France. Les scènes parisiennes, jamais avares en clinquant, préfèrent programmer ses coproductions étrangères montées sur le seul nom de grandes stars. C’était un Misanthrope berlinois, certes campé avec génie par Lars Eidinger, ce sera bientôt une Antigone anglophone, juste parce que le rôle-titre est tenu par Juliette Binoche. So chic ! Gloire à la Maison des arts de Créteil qui, depuis presque une décennie et souvent à l’occasion de son irremplaçable festival EXIT, accueille et accompagne fidèlement sa propre troupe, le Toneelgroep Amsterdam, et ses immenses acteurs néerlandais, comme c’est à nouveau le cas avec la venue de Mary Stuart, une production créée en décembre dernier aux Pays-Bas.

Mary Stuart plantée sur un plateau nu et inhospitalier, assez laid disons-le, n’est pas sa mise en scène la plus inspirée mais pourtant Ivo Van Hove a le don de faire du classique rarement monté de Schiller un drame glaçant et palpitant en montrant très finement comment ses deux protagonistes, prétendantes au même trône, s’opposent mais aussi se ressemblent, se détruisent et se fascinent mutuellement. Avec une intelligence redoutable, il ne les présente pas comme des rivales ennemies mais comme des semblables. Même sexe, même sang, même rang, elles pourraient être aussi bien des sœurs ou des doubles ainsi mises l’une et l’autre comme devant un miroir.

Elles revêtent les mêmes tenues strictes qui calfeutrent les corps comme une carapace d’où rien ne semble pouvoir jaillir de leurs passions retenues. Mais derrière cette opaque façade, se dissimulent des tempéraments animaux, fauves, non dénués de violence et de sensualité. Ces volcans endormis peuvent tout à coup entrer en éruption et leur confrontation, totalement fantaisiste d’un point de vue historique, est alors prodigieuse.

La direction d’acteurs au cordeau est absolument caractéristique du travail d’Ivo Van Hove qui s’intéresse davantage à la vulnérabilité qu’à la puissance en donnant à voir le trouble, la faille qui habitent les êtres. C’est ainsi qu’apparaissent des reines combatives mais surtout craintives et éplorées. Toute la troupe comprenant cette fois dix excellents comédiens issus du Toneelgroep Amsterdam et du Toneelhuis d’Anvers s’illustre dans un jeu d’une force et d’une détermination inouïes qui ne cède pour autant jamais à la pure démonstration ou au vain effet.

Pourquoi tout s’écroule à la fin de la représentation ? Mary Stuart tout droit sortie d’une peinture flamande, étouffant sous les lourdes étoffes d’une robe d’époque, fait pâle figure sur le chemin de l’échafaud telle une poupée de cire, icône immobile, chapelet en mains, prête à se faire décapiter. Le final très dramatique confine au ridicule lorsque l’âme châtiée de la pauvre condamnée s’élève au Ciel par projection vidéo sur les sèches stridences d’un habillage sonore et lumineux grandiloquent. C’est encore pire lorsque sa rivale regagne la scène dans une tenue à l’exubérance que même Jacques Demy n’aurait osée pour mimer quelques pas de danse et autres courbettes. Après plus de 2h30 d’un théâtre sans aucun faux pli, cette incohérence est impardonnable.

visuels © Jan Versweyveld

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