Théâtre
Vipère au poing avec Aurélien Houver, au Théâtre du Gymnase : l’enfer c’est la mère

Vipère au poing avec Aurélien Houver, au Théâtre du Gymnase : l’enfer c’est la mère

09 janvier 2020 | PAR Geraldine Elbaz
Le récit violent d’un huis clos oppressant entre une mère atroce et ses enfants martyrisés. Un seul en scène brillamment interprété par un comédien qui mouille la chemise.
 
Été 1922, Jean dit Brasse-Bouillon et son frère Ferdinand dit Chiffe sont élevés par leur grand-mère paternelle dans le château familial de la Belle-Angerie, près d’Angers. Le décès de la grand-mère implique une réorganisation familiale dirigée par une mère cruelle appelée Folcoche, de « folle » et «cochonne », qui ne fait que brimer et humilier ses enfants. Les initiales VF, Vengeance à Folcoche, seront gravées partout et la mère devient l’ennemi à abattre.
Le roman autobiographique d’Hervé Bazin publié en 1948 avait déjà été adapté à l’écran avec dans le rôle de Folcoche Alice Sapritch en 1971 et Catherine Frot en 2004, mais il s’agit ici de la première adaptation sur les planches par Aurélien Houver et Victoria Ribeiro à la mise en scène, mettant en lumière une plume acérée au service d’un témoignage à la fois virulent et cathartique. 
 
Aurélien et Victoria ont tous les deux suivi la même formation au Conservatoire du VIIè arrondissement à Paris et sont membres fondateurs de la Compagnie du Taxaudier depuis 2018.  En forte empathie avec Brasse-Bouillon, antihéros incarnant la résistance à l’oppression, ils se sont interrogés notamment sur la vérité derrière la fiction, sur le passage à l’âge adulte et l’influence des parents dans la construction de l’identité. Le ton de la narration se veut nerveux et vivant car c’est l’enfant, ayant subi l’autorité tyrannique de la mère, devenu adulte qui nous parle avec honnêteté et un certain recul sarcastique.
Vipère au Poing est le premier roman d’une trilogie largement inspirée de la vie de l’auteur avec La mort du petit cheval et Cri de la chouette. Les noms dans l’oeuvre de Bazin sont d’ailleurs à peine modifiés et un lapsus avec le vrai nom de son frère (Pierre au lieu de Marcel, le troisième fils dit Cropette) a même été relevé dans le dernier chapitre…
A l’époque de la sortie du livre, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, la sphère littéraire avait été indignée par la description de cette mère abominable. Bazin n’aura donc pas le Prix Goncourt sur veto de Colette mais il finira par présider l’Académie et participera à la création du Prix Goncourt des Lycéens.
Si le thème de l’enfance maltraitée par une mère abjecte avait déjà été abordé dans les romans autobiographiques de Jules Vallès, L’Enfant (1879) ou encore Poil de Carotte de Jules Renard (1894), Hervé Bazin défend ici un point de vue original en se focalisant sur un duel mère-fils particulièrement épique.
« Je suis, je vis, j’attaque, je détruis, je pense donc je contredis. » 
 
Aurélien Houver nous propose pendant un peu plus d’une heure une magnifique incarnation de ce fils maltraité qui devra fomenter nombre de stratégies pour survivre dans l’univers familial hostile sous le joug féroce et abusif d’une mère immonde.
In cauda venenum, le venin est dans la queue.
Une pièce atrocement réaliste interprétée par un comédien extrêmement investi qui mérite clairement le déplacement.
 
Vipère au Poing au Théâtre du Gymnase
Avec Aurélien Houver
Mise en scène Victoria Ribeiro
Durée : 1h15
Jusqu’au 16 février 2020
 
Visuels : (c) Ben Dumas
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Un prêté pour un rendu
Geraldine Elbaz
Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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