Théâtre
Un polar onirique et métaphysique par Ludovic Drouet

Un polar onirique et métaphysique par Ludovic Drouet

20 septembre 2021 | PAR Nicolas Chaplain

C’est à Liège, dans le cadre du festival Factory dont la programmation est consacrée aux artistes naissants, que Ludovic Drouet, auteur et metteur en scène doué, a présenté une étape de travail déjà bien aboutie et prometteuse du Paradoxe de Billy, un polar nocturne et captivant, flirtant avec la science-fiction.

Ludovic Drouet, né en 1989 et diplômé de l’INSAS à Bruxelles, s’adonne aux codes du polar avec jubilation et maîtrise. Il soigne une intrigue obscure : Billy et sa copine Jo sont retrouvés morts, la nuit, dans la forêt, près de la commune de Saint-Hubert. Elle tient une arme – celle du crime – dans la main mais l’autopsie révèle qu’elle est morte deux heures avant son ami. L’auteur brouille les pistes, floute les temporalités, perturbe la chronologie et cultive une ambiance mystérieuse, renforcée par les belles lumières crépusculaires d’Iris Julienne et les sons sourds et inquiétants de Gildas Bouchaud.

Bien sûr, il y a un inspecteur (Lucas Meister) mais Le Paradoxe de Billy est définitivement bien plus qu’un polar. La pièce brosse le portrait mélancolique d’une jeunesse en proie au désir de réaliser ses rêves, assoiffée d’héroïsme. Et les héros sont destinés à mourir jeunes. L’auteur égraine subtilement des réflexions sur l’enfance, le milieu social, l’idéal, l’adaptation au monde, le goût pour l’aventure et le danger. Il questionne le sens de ce jeu qu’est la vie, cette course, la loi du plus fort, dévoré ou être dévoré…

Si la parole occupe une place centrale dans ce travail – les mots sont justes, précis, les phrases ciselées -, Ludovic Drouet développe aussi des temps et des silences pour faire surgir des images poétiques hallucinatoires comme l’apparition d’un cerf majestueux dans la nuit. On est ainsi dans un théâtre de fantômes entre Chabrol et Lynch.  

On entend d’abord la voix de Juliane Werding chanter Der Engel der Verbannten (l’ange des bannis), le temps qui passe, les échecs et la solitude, les ombres et malgré tout la lumière. Puis Billy et Jo sont face à face, chacun porte un blouson noir et un casque de moto. A priori la scène se passe quelques heures avant le drame. Billy donne un pistolet à Jo. Il évoque la vitesse d’une balle, un jeu dangereux.

Chacun leur tour, Billy et Jo surviennent de l’obscurité et, assis sur une chaise face public, il et elle nous parlent, sans artifice. On apprend de la bouche de Jo que Billy est un sportif, un type bien qui ne s’aime pas trop. Dingue de moto, épris de vitesse, il aurait voulu être un super héros. Il est amoureux d’elle. Non. Pas amoureux. Fou d’amour pour elle. Jo, elle, fume des pétards. Elle lit Rimbaud. Elle vient d’un milieu familial bourgeois, à la différence de lui. Elle aime aussi la moto et elle adore les garçons. Fanny Estève et Samuel Van der Zwalmen incarnent Jo et Billy avec une simplicité et une sincérité touchante, une grâce juvénile et la singularité, la malignité et la gravité de deux têtes brûlées, rebelles et fragiles.

La version longue du paradoxe de Billy se jouera du 19 au 29 octobre à Bruxelles, au théâtre La Balsamine qui produit le spectacle.

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